Le 15 octobre 2013, Albin de la Simone posait son clavier et partageait la scène de la salle Paul Fort à Nantes en acoustique (un petit micro pour lui tout de même car c’est l’boss), avec la violoniste Anne Millioud-Gouverneur et la violoncelliste, Maëva Le Berre.

Interview d’ Albin de la Simone sur son dernier album « Un homme »

Comme tu le dis dans « Moi moi » lors d’un splendide dialogue avec Emiliana Torrini, faisons de toi NOTRE passion pour un instant :)

Ha ha ! Merci ! Quelle bonne idée. Vous allez adorer.

À ce propos, est-ce que le fait de devenir chanteur, après avoir été longtemps musicien et arrangeur pour des artistes (Vanessa Paradis, Brigitte, Arthur H…) a musclé ton ego ? Comment gère-t-on ce changement de « statut », se retrouver pleins feux sous les projecteurs ? 

Musclé mon ego… non mon ego était déjà très musclé avant ! J’ai toujours eu besoin d’exprimer quelque chose à haute voix devant les autres, alors j’ai tâtonné, passant par différentes disciplines artistiques avant de trouver le bon « porte-voix ». Le jour où j’ai écrit ma première chanson, j’ai su que j’avais trouvé. Restait à faire le chemin pour devenir chanteur ! Aujourd’hui, 15 ans après, je suis bien dans mes pompes, et mon ego se goberge comme un petit cochon dans une bonne boue bien douce.

« Un homme » est ton 4e album dans ta jeune carrière de chanteur -mais tu as collaboré à 14 ou 15 disques chez Tôt ou tard-. Il a été créé au 104 à Paris. Pour ton précédent album « Bungalow » sorti en 2008, tu disais qu’entre créer à Poitiers ou à Bali, au même prix, le choix était fait… Pourquoi ce changement dans ton processus créatif ?

Ma vie a changé… je vivais seul dans un gourbi de 3 m2 alors qu’aujourd’hui je vis avec femme et enfant dans un palais en marbre de 700 m2, ça change la donne ! Hum hum.
En tout cas j’ai moins envie de partir seul, j’ai envie d’allier ma vie quotidienne à ma vie artistique, d’intégrer l’une dans l’autre. Le 104 m’a proposé une résidence pile au bon moment. J’y allais tous les jours, c’était une discipline et un apprentissage.

Être un homme, c’est beaucoup plus de possibilités que ce que la société m’a appris.
Albin de la Simone

 « Sur mes épaules » expose la peur de la vie de couple, de la paternité, de ce qu’on attend d’un homme, des valeurs qu’on lui attribue, de la masculinité. Qu’est-ce qu’être un homme pour toi aujourd’hui ?

Être un homme, c’est beaucoup plus de possibilités que ce que la société m’a appris. J’ai grandi dans un environnement ouvert et cool, mais j’ai pourtant toujours eu l’impression que, si on naissait avec un sexe d’homme, on était soit un costaud, qui parle peu, avec une voix grave, un peu misogyne… soit un homosexuel efféminé. N’étant ni l’un ni l’autre, j’ai vraiment mis longtemps à comprendre et assumer l’homme « moyen » que je suis. Rien de dramatique, hein, mais de quoi remplir un bon sac à dos de questions et d’idées de chansons…

« Le poids de mon nom ridicule, de ce fantôme à particule qui avance qd je recule ». Quel rôle a joué ce nom « ridicule à particule » ? Continue-t-il d’influer sur ta vie à tes dépens ?

Ah oui, il y a eu ça en plus : dans un collège de campagne, un gars pas costaud, qui parle tout le temps, qui porte des lunettes et un appareil dentaire, et qui s’appelle Albin de la Simone, ça semble provoquer un peu la violence. Je me suis fait casser la gueule 3000 fois. Par ailleurs, avec ce nom, on me prend soit pour un aristocrate snob avec canne cape et chapeau, soit pour un chanteur de chansons française qui a choisi un pseudo avec un prénom de grand-mère… genre Urbain de la Gertrude. Je ne pense pas que cette image corresponde à ce que vous avez découvert par la suite. Rien d’abominable non plus, mais de quoi remplir les poches extérieures du sac à dos !

Faites le test : demandez-vous quelle image vous vous êtes fabriquée de moi avant d’en savoir plus, quand vous aviez
seulement entendu ou lu mon nom…
Albin de la Simone

« La première femme de ma vie » est une chanson « madeleine de Proust » sur la voix. Elle exprime son charme à travers le refrain où chaque mot fait mouche : « grain de poivre, ce tout petit pépin piquant et doux qui me plaisait par dessus tout, qui me berçait, qui m’endormait ». Pourquoi ce morceau sur la voix ?

Ma mère, mon père, les amis de mes parents, mes grand-parents… je suis d’un milieu un peu farfelu, original, très inspirant. J’ai voulu décrire un personnage haut en couleur qui se serait penché sur mon berceau. J’ai imaginé cette femme. Une sorte de diva russe fumant des Alain Delon et parlant avec un accent, avec une voix très grave. C’est un fantasme.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Tu es venu à la chanson après avoir roulé ta bosse en tant qu’ arrangeur et musicien. Avant cela encore, j’ai vu que tu avais fait des études à l’Ecole Saint Luc à Tournai (Belgique). Qu’est devenue cette première pratique artistique ?

Je dessine un peu mieux que la moyenne. Je griffonne, rien de sérieux. Pour mon plaisir. J’aime bien ça… mais j’ai lâché toute velléité le jour où je suis sorti de cette école, en juin 1989, pour partir à Paris faire de la musique. Le son a remplacé l’image instantanément.

Quelle est la dernière chose qui t’a rendu particulièrement joyeux ?

Terminer un arrangement pour quatuor à cordes et harpe, pour Dick Annegarn. Juste avant de répondre à votre interview ! J’en ai bavé…


Albin de la Simone : Site – Facebook – Blog