Amalia Casado cherchait sa place. Elle étudie, travaille, puis démissionne, re-travaille, re-démissionne. Le 2 mars, elle s’en fait une avec la sortie de son EP Premier Soupir. Cinq titres soufflant des vents contraires, de la sensualité à la simplicité enfantine, de la mélancolie à la vitalité avec des arrangements piano/voix réalisés par Pierre-Emmanuel Meriaud (Alex Beaupain). Interview toute douce (comme dirait Foresti) et toute poilante (ça c’est moi qui le dis)

Interview d’Amalia Casado pour la sortie de son EP, Premier soupir

Pas de questions, juste des mots, des évènements, des titres de chansons aussi, pour savoir ce que ça lui inspire et faire connaissance avec l’artiste amoureuse de son piano.

Amalia Casado

C’est mon vrai nom. Quand ma mère était enceinte, elle a lu Crime et Châtiment de Dostoïevski et c’est dans ce roman qu’elle a découvert mon prénom. En fait, le personnage d’Amalia est une logeuse décrite d’emblée comme « une infâme Sodome » qui tyrannise ses locataires. Je trouve ça bien de me dire que mon prénom bizarre ne sort pas de nulle part, qu’il a une référence littéraire même si… j’ai conscience qu’elle est moins glamour que pour les Anna ou les Emma. Et Casado est un nom espagnol.

Amalia Casado - Crédit photo : Maud Chalard

Amalia Casado – Crédit photo : Maud Chalard

Premières notes

Vers 5 ans, sur mon piano qui me semblait énorme à l’époque. Mais parents n’étaient pas musiciens et ne connaissaient rien, en fait, à la musique, mais ils ont jugé important de m’y initier. Ils ont bien fait, ça a changé ma vie.

Première émotion musicale

Un quatre mains ultra basique qu’on jouait avec ma prof de piano. Je devais avoir 6 ans et pianotais difficilement la mélodie mais elle assurait les harmonies et j’avais l’impression qu’à nous deux on construisait une cathédrale. La musique emplissait la salle et mon cerveau et je participais à cela.

[…] l’incompréhension face au fait qu’on va tous mourir et qu’on fait comme si de rien n’était. Il n’y a qu’en se tenant chaud les uns contre les autres en se racontant des histoires qu’on arrive à survire à ça, je crois.
Amalia Casado

Premier Soupir

Mon premier E.P, comme une renaissance ! C’est aussi une référence au silence musical. Au silence qui permet souvent de dire beaucoup si on sait l’écouter. Et puis c’est un petit écho au sex appeal de Disparais ;-)

Disparais

Disparais, apparais, reste, dégage, je t’aime, va-t-en, tu m’aimes aussi ?

Aimer les orages

Quand tout va bien ça m’angoisse, je trouve ça louche. Aimer les orages c’est un état d’esprit, c’est bon quand tout pète parce qu’on peut se réconcilier ensuite. À l’origine cette chanson s’appelait Chapelle de papier parce qu’elle me faisait penser à une cathédrale qu’on battit avec du rien, avec du papier qui s’envole si on souffle dessus.

Parfois, il faut du temps pour échapper à soi, fuir sa propre autorité.
Amalia Casado

Trop de bleu

Trop de bleu c’est le ciel qui s’ouvre derrière la dune du Pyla quand on a réussi à l’escalader par le sable, sans passer par l’escalier, comme un guerrier.

Je veux savoir

Pour la première fois sur cette chanson, j’ai écrit la musique avant les paroles et surtout sans le piano. J’ai fait un arrangement sur l’ordinateur avec des sons de synthé et ensuite j’ai mis du piano. J’en avais assez d’écrire toujours des textes longs. J’ai voulu aller au plus simple dans le message de cette chanson. Je suis allée à l’essentiel et c’est ce qui est ressorti, mes peurs infantiles, celle de me retrouver seule dans le noir, l’incompréhension face au fait qu’on va tous mourir et qu’on fait comme si de rien n’était. Il n’y a qu’en se tenant chaud les uns contre les autres en se racontant des histoires qu’on arrive à survire à ça, je crois.

La dune du Pyla - Crédit photo : Emily Prince

La dune du Pyla – Crédit photo : Emily Prince

Ma place

Après mes études j’ai travaillé dans le mécénat et la com. Je n’étais pas très à l’aise. J’avais l’impression d’être fausse. J’ai tout envoyé balader sur un coup de tête. Mais je n’ai toujours pas trouvé. Enfin je progresse quand même. Si, peut-être quand je suis avec ma fille.

Premier album

Youhou ! Trop contente. Il est presque fini et j’espère qu’il sortira en octobre/novembre 2015. Inch’Allah.

Premier coup de foudre

À une soirée, un garçon qui avait des yeux de loups alors je me suis laissée happée par la lumière. Le problème quand j’ai un coup de foudre c’est que j’ai tendance à me recroqueviller au fond de moi comme un chat endormi, ma voix devient très aiguë. Donc j’ai du mal à produire le même effet en retour.

Amalia Casado - Crédit photo : Vanessa Filho

Amalia Casado – Crédit photo : Vanessa Filho

Première chanson

2010. Une chanson torturée et incompréhensible sur un air tout doux.

Premier concert en tant qu’artiste

À la Loge, à Paris. Je poussais instinctivement des cris d’animaux quand je me trompais dans les morceaux et ma salive avait brusquement décidé de se déclarer gréviste. Mais au final c’était chouette.

Premier label

Jo&Co, seul et unique.

Premier selfie

Moi ? Jamais… ça me fait un gros nez.

Première angoisse

Dormir toute seule. Je ne vois pas l’intérêt.

Ta place

Au soleil, au café, au piano, en train de bosser, avec les gens que j’aime.

Ta plage, ton bord de mer

A Paris, ça manque cruellement. La dune du Pyla ? Version guerrier bien sûr.

La disparition

C’est terrible. Personne de mon entourage proche n’est encore disparu et pourtant j’ai tellement peur du jour où ça arrivera que ça me gâche déjà la vie. Alors que tout va bien. TOUT VA BIEN.

S’inventer un âge

Parce qu’on est enfant, femme, vieux, chat ou autre à la fois. Quelle que soit l’apparence du front, de la bouche, des cernes, on est le même, au fond.

Dernière déception

Il n’y avait pas de peluche en forme de hérisson dans le dernier paquet d‘éponges Spontex que j’ai acheté.

Dernier concert en spectatrice

Joseph d’Anvers aux Trois Baudets.

Dernière joie

Ma mini meuf qui rit aux éclats pour tout un tas de blagues dont elle seule a le secret.


Merci beaucoup Amalia pour tes mots

AMALIA CASADO : facebooktwitter