Soirée électrisante hors du temps avec les violons de Chapelier fou et le spoken word de Feu! Chatterton en première partie. Des notes et des mots qui sonnent beau.

15 octobre 2014. 20h15. Strasbourg. Quartier de la gare, sous l’orage. Direction la Laiterie, haut lieu de la scène musicale strasbourgeoise. Ancienne brasserie puis laiterie industrielle, et enfin usine réhabilitée en salle de concerts depuis quelques années. Ou quand les notes de musique remplacent les tintements des bouteilles de lait… J’entre dans le Club de la Laiterie. Petite salle intimiste. Scène et instruments au bout de mon bras tendu.

20h30. Le quintet parisien Feu! Chatterton fait son apparition

Arthur, le chanteur à la voix grave, magnétise dès le premier regard le public par son look de dandy romantique et par sa gestuelle animée digne d’un film muet de qualité. Le groupe nous livre des chansons à textes, nous offre des acrobaties avec mots et métaphores qui filent le vertige. Comme l’illustre si bien Côte Concorde qui retrace, avec pudeur, le naufrage du paquebot au large des côtes toscanes…

Du ciel tombent des cordes, faut-il y grimper ou s’y pendre ? Sur le pont du Côte Concorde, cinq étoiles dans la nuit sont mortes.

De la chanson française oui mais pas seulement. Feu! Chatterton ce sont aussi d’excellents musiciens qui peaufinent un rock moderne, Fruit de croisements entre le blues, le jazz et même l’électro (La Malinche). Dernières proses, dernières notes qui volent et s’estompent sous l’acclamation d’un public conquis par ce rock littéraire à la fois baroque et sensuel. Finalement, assister à un concert de Feu! Chatterton c’est un peu comme avoir un carton d’invitation en poche pour une soirée où l’on rencontrerait tour à tour Baudelaire, Barbara, Lautréamont, Nougaro et Bashung.

21h55. Chapelier Fou prend la suite pour défendre Deltas sur scène

Des ombres chinoises se dessinent sur scène à travers les lumières intimistes légèrement empourprées par l’émotion. Violoncelle, alto et clarinette, encore silencieux, s’installent. Louis Warynski alias Chapelier fou pointe le bout de son chapeau, accompagné pour la première fois par 3 autres instrumentistes. Son nouvel album Deltas symbolise bel et bien un changement, comme la lettre grecque du même nom en mathématiques.
Un court échange décontracté avec le public, et l’explorateur du son commence à assembler les sonorités, malaxer les notes. Violon, synthé, boîte à rythme et clarinette prennent vie un à un et s’épanouissent dans une osmose parfaite. Sur scène, la complicité entre les artistes frappe de fluidité et de naturel. La musique de Chapelier fou est riche, profonde, et encore plus planante en live. Son univers, sans frontière, nous ouvre à des horizons lointains et poétiques. Le public est émerveillé. Un peu ailleurs. Dans un monde onirique.
Après un rappel, la petite troupe sort sous une véritable ovation. Chapeau bas pour ce voyage ! Il est l’heure de rentrer et de fermer les écoutilles. Avec en tête une réponse évidente à la question : les Deltas de Chapelier fou nous mènent-ils tout droit au pays des merveilles ?


Chapelier fou continue sa tournée à travers la France et ailleurs, avec un passage au Bataclan à Paris le 09.12.2014.

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