Telle l’hirondelle, Dominique Dalcan est l’oiseau porte-bonheur, messager du printemps en plein hiver. Et le voici qui signe son retour !

Interview de Dominique Dalcan pour la sortie de « Hirundo »

Qu’est-ce-que ça fait de revenir après 7 ans d’absence et que répondez-vous à ceux qui ne croyaient plus à votre retour ?

Déjà ça fait grand plaisir, c’est la chose principale. Parfois on est obligé de s’éloigner de la musique ou de son activité professionnelle. Là, en l’occurrence, c’était pour mieux revenir suite à un arrêt pour des problèmes médicaux et non pas un ras-le-bol particulier par rapport à la musique. Après la joie, il y a aussi une appréhension, parce que c’est toujours un peu délicat de confronter ses chansons. Vous voyez c’est une proposition, donc après les gens en disposent. Du coup parfois on peut se sentir un peu fébrile, mais en l’occurrence pour moi ces jours-ci tout va bien.

Vous pensiez vraiment prendre votre retraite ou bien juste faire une parenthèse pour mettre votre corps au repos  et laisser votre esprit préparer « Hirundo » ?

Non, même si parfois je ne savais pas trop. A certains moments j’avais l’impression que j’allais arrêter la musique, parce que j’avais l’impression que la musique ne me donnait pas ce que j’en attendais. Après, pour être plus large que ça, c’est un peu comme dans la vie en général. Souvent on attend trop de choses et si ça ne vient pas tout de suite il y a une certaine impatience et on peut avoir une sorte de déception par rapport aux choses. En réalité ce qui arrive et ce qui se passe dans la vie en général, c’est ce qu’on a décidé, essayer de provoquer les évènements. Si j’étais resté tranquillement chez moi, cette interview n’aurait pas eu lieu par exemple. On peut le mettre en exponentiel sur tout un tas d’évènements.

Le premier titre de votre album s’intitule « C’était quoi la question ». La première phrase que vous dites est « Je suis là ». Est-ce votre manière de dire avec l’élégance et la discrétion qui vous caractérisent, mais aussi avec une pointe d’humour, que vous êtes bel et bien de retour ?

On peut le prendre en effet à différentes strates. Mais cette chanson parle du ici et maintenant. Pour faire un complément à la question précédente, ce qui est assez difficile c’est d’être réellement au présent dans la vie de tous les jours. Souvent on est dans une sorte d’état nostalgique ou alors on projette les choses. Mais quand on est réellement au présent, c’est comme ça qu’on peut, me semble-t-il, profiter des choses réellement et aussi avoir un sentiment de plénitude et éventuellement une quête, une sorte de Graal du bonheur. Si on est toujours à espérer les choses, on ne les vit pas vraiment et si on est toujours dans le passé on ne fait que ressasser. Je trouve que par exemple, pour être sur scène et chanter une chanson, il faut vraiment être au présent. C’est peut-être ce qui est le plus difficile dans la vie, mais le plus simple aussi. Les enfants ont beaucoup de facilité avec ça, mais quand on commence à grandir on se déconnecte avec tout ça.

Vous a-t-il fallu 7 ans pour composer « Hirundo » ou la phase d’écriture et de composition a été morcelée durant ces 7 années ?

Dans cet album il y a une chanson très ancienne, qui s’appelle « La clope au bec ». Je l’ai écrite quand on m’a annoncé que j’allais être obligé d’arrêter de fumer, alors que j’étais un gros fumeur. Du coup, je me suis dit que j’allais en faire une chanson, mais c’est toujours un peu compliqué, j’aimerais toujours pouvoir fumer plein de cigarettes, mais ce n’est plus possible. Pour en revenir à la question, il m’a fallu 3-4 ans. Mais en réalité  ce n’est pas le temps qui compte, c’est la mise en œuvre du disque qui a durée un an et demi. Après c’est une collection de chansons je dirais. Moi je l’apparenterais presque plus à un premier album, pas une renaissance, mais comme si on reprenait les choses telles qu’on les avait laissées. Ce n’est pas un disque conceptuel, c’est pour ça aussi que j’ai l’impression que c’est mon 1er album.

Avec ce nouvel album on a le sentiment d’un Dominique Dalcan libre et insaisissable, qui n’a plus rien à perdre et pour qui tout reste à faire.

Ceci dit je n’étais pas emprisonné. Qu’est-ce-que j’aurai à refaire ? Qu’est-ce-que j’aurai à perdre ? Je n’en sais rien. Je ne me pose pas ce genre de questions. En fait, je crois que ce que je voulais c’était amener un peu d’air, quelque chose d’assez fluide. C’est pour ça aussi que je chante différemment désormais, avec une voix un peu plus haute, un peu plus libérée. Et puis « Hirundo » (hirondelle en latin), ça représente quelque chose d’assez léger. Toute l’imagerie est faite dans le désert, avec beaucoup de lumière, je voulais quelque chose de très solaire, sans contrainte.

Quel était au départ le fil conducteur et les thèmes que vous vouliez aborder ?

Je ne sais pas si on peut vraiment parler de thème, mais le  thème principal c’était de raconter ma vie. Cet album est très autobiographique en fait. Après, comme  d’habitude il y a plusieurs degrés d’interprétation.

Pour moi une chanson qui résonne très fortement n’est pas facile à chanter, c’est ça aussi le challenge pour moi.
Dominique Dalcan

Vous pensez qu’il s’agit de votre album le plus personnel ?

Au jour d’aujourd’hui, ici, maintenant oui. Mais j’aurai pu dire la même chose des albums précédents.

Votre chanson « Sometimes » qui est en écoute sur les ondes, est pleine d’optimisme et d’espoir, comme le synonyme d’un retour à la vie. C’était une évidence pour vous de choisir ce titre comme premier single ?

Non. C’est un morceau assez facile. Dans chaque disque j’essaye d’amener un morceau plus léger que les autres. En fait, je ne savais pas trop si on allait le sortir en premier, d’ailleurs je n’étais pas trop décidé à le sortir en premier, parce qu’il ne représente pas tout à fait l’album. C’est intéressant aussi d’écrire sur des instantanés, comme des petits snapshots, des petits polaroids qu’on fait, des instants de vie. Je n’avais pas trop fait ça précédemment.

Parlez-nous du très beau duo avec Mina Tindle « A quoi pensent les oiseaux », comment s’est faite cette collaboration ?

C’est le nouveau single. Cette chanson est assez importante pour moi, c’est une des dernières que j’ai écrites, la toute dernière c’était « Sometimes » justement. Tout à l’heure je parlais de la première chanson « La clope au bec », qui avait quelque chose de pas déprimante mais pesante. Au fil du temps j’ai lâché prise. J’aime beaucoup ce titre «A quoi pensent les oiseaux», il y a une sorte d’errance dans les couplets et un truc qui fédère dans les refrains, avec une imagerie que tout le monde peut capter. Quant à Mina Tindle je la connaissais bien, du coup je lui ai demandé de faire les choeurs sur le titre parce que je trouvais que nos deux voix se mariaient bien.

L’oiseau est très présent dans cet album. Pouvez-vous nous expliquer sa symbolique ?

Non. Ca parle beaucoup d’animaux, c’est presque un bestiaire. D’ailleurs je me suis un moment donné intéressé à des vieilles tapisseries avec des bestiaires du Moyen-Age. Je me demandais si je n’allais pas mettre tout ça en pochette. Finalement c’était trop compliqué. Mais j’aime bien ce côté en rapport avec la nature. Pas forcément un retour à l’état primal, mais je trouve qu’aujourd’hui la société est assez sauvage. Cette brutalité, cette violence on la retrouve tous les jours. Je vis à Paris et je trouve que c’est une ville assez agressive à tous les niveaux : dans les déplacements, les transports en commun, il n’y a pas de civilité du tout. Après sur un point de vue plus international, on se rend compte aussi qu’il y a énormément de conflits en ce moment, il y a le retour à des réactions de peurs et de craintes. Il y a derrière tout ça un discours qui est brutal, qui est violent et évidemment je n’allais pas parler de ça tel quel. C’est mieux de prendre des imageries animales, parce que je pense qu’on est conditionné pour rejeter le plus possible le côté animal qui est en nous.

En 2008 vous avez collaboré avec la jeune slameuse Luciole, notamment en composant une grande partie de ses chansons et en participant à la réalisation artistique. Avez-vous envisagé un duo avec elle ?

Non, par contre sur le texte de « C’était quoi la question », elle a collaboré avec moi. En fait, Luciole n’est pas vraiment une chanteuse, elle fait du slam. J’avais justement essayé de l’amener dans la chanson, enfin dans des mélodies. Après on a deux univers très différents tous les deux, il n’y avait pas vraiment de mariage possible, en tout cas à l’époque et moi à ce moment-là je ne chantais plus, donc c’était réglé !

L’idée de la musique en général, c’est un cambriolage intellectuel permanent. On pique les idées de tous pour les re-malaxer, les mélanger pour en faire quelque chose de nouveau.
Dominique Dalcan

Je trouve qu’il y a un parallèle intéressant entre Etienne Daho et vous. Tous les deux vous avez été les précurseurs d’une  pop française élégante, inspirée de la pop anglo-saxonne. Qu’en pensez-vous ?

Le Monde avait dit à mon sujet « pionnier de la pop française ». J’avais trouvé ça vraiment super, mais que deviennent les pionniers finalement, sinon pas grand-chose. Daho il a fait son truc, il a été figure de proue et après tous les 10 ans il y a des nouvelles générations de chanteurs. J’ai fait partie d’une cargaison et il y en a d’autres. Après quel est l’héritage ? Qui influencent qui ? Je n’en sais rien. L’idée de la musique en général, c’est un cambriolage intellectuel permanent. On pique les idées de tous pour les re-malaxer, les mélanger pour en faire quelque chose de nouveau. Dans la musique tout a été dit depuis 40 ans. Après ce ne sont que des réincarnations de clichés, c’est juste la forme qui change, le fond est toujours le même. Par contre, quand j’ai commencé à faire de la musique il y avait vraiment une rupture. Moi et d’autres on a essayé de ne pas restituer la musique des grands frères, qui étaient à l’époque Téléphone notamment. Il fallait se démarquer et à l’époque, en effet, il n’y avait pas de pop un peu moderne en français. Moi je suis restée là dessus. Par exemple, aujourd’hui je ne me verrais pas chanter en anglais, ça serait une démission je pense. C’est vraiment trop fastoche.

Quelle est la dernière chose qui vous a rendu particulièrement heureux ?

J’étais content de mon concert hier à Angers et puis c’était l’anniversaire de ma fille, on a passé un très bon moment. J’ai envie de dire que ce sont vraiment des joies très simples. Désormais c’est à ça que je m’attelle. Je n’attends pas de choses extraordinaires, j’attends un ordinaire que je rendrais extraordinaire. Cela parle de ça dans la chanson « Paratonnerre ». Ce qui me rend heureux, c’est quand j’arrive à faire de mon ordinaire quelque chose d’extraordinaire.


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