Le 16 octobre, My Happyculture a eu le privilège de rencontrer Elodie Rama lors de la soirée de lancement de son premier EP « Strange Island », qui avait lieu à Trempolino à Nantes.

Interview d’Elodie Rama pour la sortie de Strange Island

Ton premier EP Strange Island vient de sortir. Elodie Rama, est-ce-que tu fais partie de ces artistes qui appréhendent la critique des professionnels et du public ?

Je pense qu’on est tous sensibles à la critique. La personne qui va te dire qu’elle n’en a rien à faire, je trouverai ça un peu suspect. Finalement quand on est artiste, on a un désir d’être aimé, je pense. Je me sens très fébrile suite à la sortie de ce disque, parce que  j’ai travaillé dessus pendant 3 ans, j’ai fait pas mal de sacrifices et de compromis. Ca n’a pas été simple, mais je suis hyper heureuse et en même temps morte de peur ; c’est un peu l’ascenseur émotionnel.

En tout cas pour l’instant les critiques sont plutôt positives…

Oui je suis assez contente. Après je me suis préparée au fait qu’il y allait avoir des gens qui ne seraient peut-être pas touchés par ce que je dis. En tout cas ma satisfaction c’est d’avoir réussi à faire ce disque. Ca a pris le temps que ça a pris, mais j’ai la sensation d’avoir fait quelque chose qui me ressemble.

Les arrangements de ce disque ont été réalisés par l’artiste nantais Dtwice. Vos univers musicaux sont assez différents. Est-ce-que tu peux nous dire ce qu’il a apporté à cet album et quelle couleur il lui a donné ?

En fait j’ai co-composé la quasi-totalité des morceaux avec Benji Bouton, qui est un ami de longue date et un musicien exceptionnel. Il se trouve qu’on a pas pu finir les morceaux  ensemble. J’ai donc cherché quelqu’un qui puisse m’aider à terminer ces titres et c’est là où David est arrivé en tant que réalisateur. Si tu veux les morceaux existaient déjà et lui ce qu’il a fait c’est qu’il a réorchestré et réarrangé certaines choses pour les embellir. Je lui ai donné un produit qui était très brut et lui il a poli la matière.

Tu as des influences jazz au départ. Est-ce-que David a apporté une touche un peu plus pop à ta musique ?

C’est ce que je cherchais en fait. Effectivement j’ai tout ce background  jazz que je revendique. Il s’avère que Dtwice a une culture musicale très large, il est très sensible au jazz aussi. Quand on s’est rencontrés lors de la carte blanche d’Hocus Pocus à Stereolux, je me suis aussitôt rendue compte en discutant avec lui, qu’il comprenait ce que je voulais dire musicalement parlant. Ca a été une évidence pour moi de travailler avec lui, même si d’un premier abord nos musiques sonnent différemment. Et puis il a su être bienveillant, j’ai pu rester maîtresse de ce que je voulais dire et de la couleur de l’album. Il a su se mettre au service de ce que je voulais.

Rama désigne la branche en espagnol ; cette branche qui a besoin des racines de l’arbre pour s’élancer vers le ciel. Quelles sont ces racines qui ont permis que tu deviennes l’artiste que tu es aujourd’hui ?

Mes racines sont le jazz, la soul, le hip-hop et ma rencontre avec Hocus Pocus. J’ai eu l’impression de faire une formation accélérée grâce à eux, parce qu’en plus je suis arrivée super tard dans la musique. Il y a aussi l’electronica et ma rencontre avec Natural Self qui m’a amenée vers les musiques électroniques. J’ai fait des belles rencontres, mais je pense qu’il n’y a pas de hasard.

« Les racines ce sont toutes ces histoires qu’on se fabrique petit à petit.
Elodie Rama

Tu parles souvent du thème de d’insularité dans cet EP. Dans quelles proportions tes chansons ont été inspirées par tes origines antillaises ?

Sur pas mal de morceaux il y a cette préoccupation qui se manifeste. Je pense à « Presqu’île », avec cette métaphore de l’amour qui ne pourra jamais se concrétiser, l’idée de voir l’autre comme une île inatteignable. Sur le titre « Clair obscur », je parle de l’entre-deux, de mon métissage. Sur « Strange Island » je raconte cette rencontre avec la terre de mon père, qui m’était jusqu’alors inconnue, d’où cette idée d’étrangeté.  Sur » City of hope » c’est le rêve d’une ville où tout est possible.  Il y a beaucoup de mes obsessions dans ce disque, notamment celle pour la géographie, puisque je fabrique des îles imaginaires. Je fais un travail de plasticienne qui va de paire avec ma réflexion de musicienne.

Oui en effet, tu es une artiste plurielle, puisqu’en plus d’être chanteuse, tu es également plasticienne et styliste de mode. Est-ce-que tu arrives à conjuguer toutes ces activités ?

Je fais tout en même temps, mais en ce moment c’est un peu dur. J’ai mis un peu en pause le côté plasticienne, mais je fais du graphisme aussi.

elodie-rama

Elodie Rama

A ce propos, dans quelle mesure as-tu participé au graphisme -très réussi d’ailleurs- de ton premier EP ?

La photo a été réalisée par un complice de longue date qui s’appelle Mathieu Le Dude, qui est aussi le réalisateur de mes vidéos. J’ai fait tout le reste.

Sur scène tu es toujours habillée  à la pointe de la mode. Est-ce-que tu es la créatrice de tes tenues ?

Non, en fait j’ai fait appel à deux jeunes créatrices que j’aime beaucoup et qui ont besoin de montrer leur talent. Il y a tout d’abord une amie qui fait de très belles robes pour la marque barcelonaise HEINUI et à qui j’ai demandé de réaliser une robe rien que pour moi. Et puis La fiancée du facteur qui m’a réalisée un très beau collier pour la scène.

Est-ce vrai que tu as toi-même collé des stickers sur tes disques chez ton distributeur, avant leur envoi dans les magasins ?

Oui c’est moi. En fait je n’ai pas le choix vu que le disque est 100%  indé. Je fais tout de A à Z.

Tu dis qu’il a fallu des années de travail acharné pour que ce premier EP voit le jour. Quels ont été les obstacles les plus durs à franchir ?

Déjà c’est trouver les bonnes personnes avec qui travailler, les deadlines vu que tu te bagarres toujours contre le temps, l’argent aussi parce que lorsqu’on est indé on n’a généralement pas d’argent.  Après c’est aussi réussir à vivre le quotidien d’un musicien quand tu es à fond sur un seul projet, ce qui est mon cas. Je ne figure pas dans les projets d’autres personnes.

Tu as bénéficié du dispositif Artistes en Scène 2013 pour la sortie de cette EP. Est-ce-que tu peux nous en dire plus sur cet accompagnement.

Il n’y a pas d’argent en jeu. C’est un appui en termes de résidence et grâce à Trempolino j’ai pu travailler au VIP.

Effectivement, tu sors d’une résidence de travail au VIP à St Nazaire, aux côtés du multi-instrumentiste, compositeur et producteur Julien Chirol. Est-ce toi qui lui a demandé de participer à cette résidence et sur quoi a porté votre travail ?

En fait on m’a proposée des gens et moi je l’ai choisi. Je suis très heureuse d’avoir rencontré cette personne, on a gagné des mois de travail. Durant ces trois jours, je me suis dit qu’il fallait qu’on ait le regard d’un réalisateur sur la musique en live. Les axes, c’étaient retranscrire en live ce qui existe sur un disque et de la manière la plus sincère possible. La prochaine résidence sera un accompagnement plutôt basé sur le côté scénique.

Imagine que tu sois dans la peau du poète disparu Aimé Césaire. En une phrase, quel est ton regard sur la société d’aujourd’hui ?

Quand tu allumes ta télévision tout est un peu gris, il y a beaucoup de noirceur. J’ai quand même envie de voir que les gens se mélangent, ils sont positifs. Ce soir il y avait un beau métissage dans la salle, les gens étaient contents d’être là les uns avec les autres. Si j’étais Aimé Césaire je serai très heureuse de voir ça : une population mélangée dans un même endroit et qui partage un moment ensemble.

Une dernière question pour My Happyculture : quelle est la dernière chose qui t’a rendue particulièrement joyeuse ?

Cet après-midi on m’a appris que je faisais partie des 12 finalistes pour le tremplin Ampli Ouest-France. J’en suis hyper heureuse !


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