Depuis le Blockhaus DY10 à Nantes où il a son atelier, Cyril Pedrosa créé des chefs-d’oeuvres graphiques, comme Trois Ombres ou Portugal. Il s’avère que pour son dernier en date, Les équinoxes, ses talents d’auteur rejoignent ceux du dessinateur pour une création graphique certes, mais également littéraire sur la vie, l’humain, nous tous et nous tout seul. Résultat émouvant, expérimental et intimiste. 

Cyril Pedrosa et le labyrinthique Equinoxes

Le dessinateur tire le fil de Les équinoxes et il faut accepter, comme Ariane, de se laisser emmener dans différentes histoires où les personnages se croisent. Car on ne saisit pas tout instantanément : une jeune fille dont les parents divorcent est aimantée par un tableau dans un musée, deux frères se retrouvent après la mort de leurs parents, un père prend conscience qu’il vieillit, un grand-père et son colocataire étudiant militent contre un projet d’aéroport (transposition de l’histoire de Notre-Dame-des-Landes :)

Et c’est l’objectif d’une aspirante photographe qui sert de lien ténu à ces tranches de vie entremêlées que l’on suit du Jura à la Bretagne, en passant par Paris au fil des saisons et du cycle infini du soleil, qui se couche pour se lever sur un jour nouveau, encore et encore.

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Cyril Pedrosa fait ainsi évoluer le style et les techniques graphiques de l’automne pastel jusqu’au flamboyant été en passant par l’utilisation d’aplats intenses, de crayonnés charbonneux, de transparences colorées vibrantes d’émotion… Les quatre saisons prennent vie dans une palette chromatique d’une richesse rare.

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Cyril Pedrosa, fin observateur et psychologue ?

Et c’est ici où le dessinateur révèle ses talents d’auteur et d’observateur de l’âme. La couleur et le graphisme servent le changement de saison et restituent également l’état d’esprit des protagonistes. La force de Les équinoxes est de raconter sans les montrer ses bleus à l’âme : la désillusion, le sentiment de solitude auquel chacun se confronte constamment, les relations humaines, la nostalgie… Bleus à l’âme explicités par des références littéraires comme Virginia Woolf ou Jean Echenoz. Excusez du peu.

Tu sais ce qu’il disait, Leonard Woolf, le mari de Virginia ? « Le monde serait exactement le même si j’avais passé mon existence à jouer au ping-pong. »

_ Mmh… Si je ne pensais pas la même chose de ma vie, je trouverais ça très drôle.

_ Oui c’est une jolie formule. Mais s’il avait passé à jouer au ping-pong, Virginia Woolf n’aurait sans doute jamais eu la force d’écrire ses romans.

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C’est par ces existences marquées de vacillements intérieurs que Pedrosa nous questionne sur ce qui nous relie tous malgré cette inexorable solitude et cette difficulté de communiquer.

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Minimalisme de toute beauté !

En définitive, ceux qui aiment les silences qui parlent, les regards qui troublent, les mots qui blessent, vénèreront ce roman graphique, véritable boite de Pandore. On l’ouvre et les pages délivrent la douleur, la mort, la solitude… avec ses pendants que sont la joie, l’amour et l’amitié. Un regard impressionnant de lucidité sur la vie sur plus de 300 pages léchées, magique !

Cyril Pedrosa en interview pour Les équinoxes