Révélée il y a un an avec les intenses « Mortel » et « Béton Mouillé », Fishbach impose sa voix androgyne et fait son chemin dans le clair-obscur des paysages beaux et troublants de la vie, de l’amour, de la mort et des Ardennes. Car, comme le dit-elle, elle sait d’où elle vient. Indéniablement la brindille de Charleville-Mézières creuse son sillon avec ce premier album « À ta merci ». 

Fishbach se met en danger avec « À ta merci »

Comme pour d’autres, ses parents lui ont offert un jouet synthétiseur. Et c’est dans l’intimité de sa chambre et du grenier de la maison familiale que Flora Fischbach —son état-civil compte un « c » en plus— construit son univers fantastique, habité de Petit monstre (titre de son EP), de morts (Le château, chanson thérapie après le suicide d’un ami au Château de Vincennes, ou bien On me dit tu avec sa sublime personnification de la Mort) et tourmenté par de tempétueuses passions (Ma voie lactéeY crois-tuÉternité, À ta merci).

Avec une mère travaillant en gériatrie et un oncle croquemort, la vieillesse et la mort sont des sujets de discussion des plus communs chez les Fischbach ! C’est d’ailleurs une vieille dame dans une maison de retraite qui apprend le piano à Flora après avoir animé des ateliers de musique pour les personnages âgées.

Chez moi, dans les Ardennes, il faut savoir rire. Il y a un vrai truc de misère sociale. Mais pourtant, il y a une vraie chaleur humaine. On dit des choses tristes sur de la musique joyeuse, et le contraire aussi.

Fishbach, interview

À ta merci se trouve ainsi hanté par l’idée de la mort —25 fois présente en 12 chansons !— sans être morbide et sans exprimer de fascination macabre. C’est certainement une manière de regarder la mort en face. Penser à la fin pour nous sentir davantage exister. Et ne faut-il pas s’armer pour affronter celle qui rôde ?

Fishbach montre les crocs et découvre la gorge

C’est dans cette dualité, force et fragilité, que réside le charme de l’album À ta merci. Fishbach s’inscrit dans la tendance actuelle incontournable : le revival des 80’s. Une fois ce constat effectué et les emprunts assumés -de Christophe à Desireless en passant par Françoise Hardy ou Catherine Ringer- force est de constater que l’Ardennaise s’est taillée un costume à sa mesure.
Le lyrisme ténébreux de son univers prend corps grâce l’interprétation puissante et sensible, et à l’écriture inventive.

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Fishbach // Crédit photo : Yann Morrison

Élancée comme une guerrière dans la mêlée
Le regard fixe, prête pour la rixe, j’ai riposté
Le goût du danger sur mes lèvres l’a fait pleurer
Il avait l’air et la manière d’aimer
« Un autre que moi »

Plus qu’un costume, c’est une armure qu’enfile Fishbach car sans nul doute dans À ta merci elle exprime de sa voix courroucée le combat qu’est la vie, entre songe et cauchemar. Un album d’une beauté frappante.


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