Entretien avec Florent Marchet, avant son concert à la salle Paul Fort à Nantes le 22/10/2011.

Florent Marchet au Courchevel Orchestra

Florent Marchet cela fait pas loin de dix ans que vous êtes dans le paysage musical, pourtant il aura fallu attendre ce troisième album Courchevel, dont le succès s’est surtout forgé sur scène, pour que la critique vous encense. Comment l’expliquez-vous ?

Le parcours d’un interprète se construit petit à petit. Au départ je voulais surtout développer l’aspect composition-écriture, parce que c’est ce qui me plaisait. A partir du projet « Frère Animal », j’ai découvert l’intérêt de la scène et j’ai commencé à prendre vraiment à cœur le rôle d’interprète et à comprendre les véritables enjeux. Aujourd’hui, mon travail d’interprète sur scène me permet véritablement de nourrir l’écriture et ma composition, ce qui n’était pas forcément le cas avant.

Effectivement, j’ai cru comprendre qu’au départ vous ne souhaitiez pas interpréter vos chansons. Apparemment vous détestiez l’idée de chanter et de vous retrouver sur scène devant un public.

Je ne voulais pas trop chanter en fait, d’ailleurs je chante rarement chez moi (sourire). Je ne chante que quand je dois composer. J’aimais bien écrire et composer, être en studio : je n’habitais pas la fonction comme on dit (rires). Etre sur scène c’est l’inverse d’un processus narcissique, c’est s’abandonner, lâcher prise, ce n’est pas quelque chose d’évident. C’est vrai que sur les deux premières tournées, il n’y avait pas encore le lâcher prise, donc je m’étais dit à la fin de Rio Baril que j’allais arrêter de faire de la scène, parce que ça n’a pas beaucoup d’intérêt si ça n’apporte pas grand chose, si personnellement ça ne vient pas vous nourrir. Et puis sur « Frère Animal » et à travers les performances littéraires, quand j’ai commencé à lire les textes des autres, j’étais ni auteur ni compositeur, j’étais sur scène pour faire vivre les textes des autres et là je me suis découvert un petit peu interprète.

Donc c’est vraiment « Frère Animal » qui a été le déclic pour vous dans votre rapport avec la scène par rapport à vos débuts ?

Exactement, et puis c’est un ensemble de choses. Petit à petit on précise sa pensée, ce qu’on veut dire. Ecrire, composer, interpréter c’est être en accord avec son intimité. C’est essayer à travers tout ça de donner son propre éclairage sur la société et puis sur soi aussi. C’est à la fois un travail d’introspection et en même temps le désir de comprendre le monde. C’est peut-être un peu confus ce que je dis (sourire).

Pas du tout. Je trouve que vous être très psychologue et observateur de la société et de l’environnement qui vous entourent, et tout cela ressort énormément dans votre écriture.

C’est essayer de se comprendre soi à travers les autres. J’ai toujours essayé à travers les romances, les films, la photo d’aller chercher des explications.

Justement vos 3 albums Gargilesse, Rio Baril et Courchevel sont très différents. Dans quel état d’esprit étiez-vous au moment de l’écriture de chacun de ces albums ?

Le 1er album c’était l’aboutissement de plusieurs années de recherches, de galères. Je n’avais pas dans l’idée de faire un 2ème album. Je voulais d’abord en faire un et me dire que je ne faisais aucun compromis, je voulais que cet album puisse me ressembler à ce moment là. C’était une quarantaine de chansons emmagasinées et j’en ai choisi dix, peut-être pas forcément les meilleures, mais celles auxquelles j’étais le plus attaché. Ca a donné ce premier album qui donne une couleur, qui était à la fois un accouchement dans la douleur mais aussi un grand moment. De toute façon chaque album je le fais dans la douleur, la création n’est jamais quelque chose de simple. Les difficultés sont très différentes à chaque fois. Sur Rio Baril je sentais que je faisais un vrai retour aux sources et un travail introspectif important. Les chansons de cet album n’étaient pas prémonitoires de ce qui allait se passer, mais elles étaient prémonitoires sur ce que j’allais découvrir sur moi-même. A l’inverse Courchevel est plus tourné vers la société, vers les autres avec ses personnages.

Pour moi, Benjamin, ce n’est pas qu’il refuse de devenir adulte : il refuse de porter le costume gris, de devenir un adulte normé.

En parlant de personnage, Benjamin issu de votre premier single, donne l’impression de beaucoup vous ressembler, avec ce refus de devenir adulte, de devoir rentrer dans la norme.

On avance toujours masqué derrière un personnage.
Peut-être que des Benjamin on en verra de moins en moins. Quand je vois tous les jeunes de 18 ans que je rencontre et qui sont vieux avant l’âge, qui sont terrorisés par la crise, qui ont du mal à être insouciants, à avoir une certaine légèreté. Du coup, c’est violent pour Benjamin, parce qu’il se retrouve un peu à l’écart.

On sait que vous aimez écrire et composer pour les autres, vous avez notamment écrit pour Clarika et Elodie Frégé. Dans quelles circonstances se font ces collaborations ? C’est vous qui proposez des textes à des artistes ou ce sont eux qui s’adressent à vous ?

Ce sont eux parce que moi je suis timide. Autant j’adore écrire pour les autres, autant je suis incapable d’aller voir quelqu’un avec mes cahiers de chansons. C’est peut-être un manque de confiance, ce besoin de sentir qu’on a envie de travailler avec moi. Si je ne sens pas ça je ne vais surtout pas venir avec mes chansons.

Secrètement vous avez des textes de côté que vous aimeriez proposer à des artistes ?

Bien sûr qu’il y en a, mais je ne vous dirai pas qui (sourire). Je me dis que ça se fera peut-être un jour. Peut-être est-ce une question de timidité ou bien une question de fierté, d’amour propre. C’est difficile d’aller voir quelqu’un et de lui dire j’ai envie d’écrire pour vous et que la personne vous réponde non ça ne m’intéresse pas. C’est violent. Pour l’instant j’ai pas mal à faire avec mes super belles rencontres.

Florent Marchet vous enchaînez les dates, vous êtes auteur-compositeur-interprète-producteur-réalisateur. Je vous ai trouvé excellent comédien dans le clip de Benjamin et donc je me posais une question : est-ce-que Florent Marchet sur un écran de cinéma est quelque chose d’envisageable un jour ?

Oui, j’aimerais bien. On m’avait proposé un film cette année et puis c’est mal tombé je ne pouvais pas, j’avais déjà des engagements. Donc ça se fera. Il faut trouver le bon moment, la bonne personne, le bon scénario. Je ne pense pas que je puisse jouer tous les rôles. Il faudra trouver le bon scénario pour que je ne sois pas trop mauvais, parce que c’est plus quelque chose d’extrêmement égoïste pour moi de jouer dans un film, mais je ne voudrais pas non plus être mauvais comme une patate (rires). Finalement, je crois que j’en ai très envie mais je ne sais pas si je ferai l’affaire. Ca demande une grande technique de mémorisation.

Florent Marchet vous serez le 5 avril prochain à La Bouche d’Air à Nantes avec notamment Arnaud Cathrine pour le projet « Frère Animal ». Vous pouvez nous en dire un peu plus sur ce concept de livre-disque que vous allez interpréter sur scène ?

C’est arrivé à une période où avec Arnaud ont faisaient beaucoup de festivals littéraires, on mettait en musique les textes des autres notamment les siens. On s’est rendu compte avec Arnaud qu’ont avaient cette chance et la possibilité d’écrire à deux, ce qui est assez rare, parce qu’il y a une sorte de voile pudique qui empêche d’écrire à deux. On s’est dit qu’on devrait écrire une histoire à deux et la mettre en musique, elle serait sur mesure. Très rapidement nous est venue l’idée d’écrire sur le monde du travail, parce qu’à la fois on avait la sensation d’avoir échappé à ce monde cruel en faisant un métier de passion, ce qui aujourd’hui est assez rare. En même temps on n’y avait pas échappé complètement parce que moi en arrivant au tout début dans une major, lui dans une maison d’éditeurs, on s’est rendu compte qu’on était aussi dans la machine, qu’on était pas en dehors de la société, on avait les mêmes préoccupations et parfois les mêmes problématiques que des amis à nous qui avaient des boulots normaux. On se sentait aussi héritiers des idéaux des années 70, où l’épanouissement était au cœur même de la société, où c’était ça le progrès social. Davantage profiter des loisirs, de la culture, mettre en avant la culture, c’étaient un peu les idéaux des années 70 et aujourd’hui ils sont complètement enterrés. On a voulu parler un petit peu de ce pas en arrière qui avait été fait, aussi dire que les gens passent plus de temps au travail que dans leur propre famille. On a donc commencé à mettre en place ce dispositif de métaphore de la famille qui travaille dans une usine qui s’appelle la SYNOC. C’est une lecture théâtralisée avec des chansons aussi, avec un chœur/chorale avec Valérie Leulliot, Nicolas Martel, Arnaud Cathrine et moi-même. On a voulu dépeindre cette société où le boulot préoccupe plus que l’amour finalement.

Le 31 octobre prochain sortira un album spécial Noël qui s’intitule « Noël’s Songs ». Que nous réservez-nous comme surprise à l’intérieur de cette album ?

C’est un album 15 titres avec des compositions originales, avec des reprises des standards de Noël et c’est une version pop du répertoire de Noël. Jusque là on avait le choix entre Tino Rossi et René La Taupe et je trouvais ça un assez injuste (rires). Je ne dis pas que j’ai réussi faire un truc, mais en tout cas, j’apporte un éclairage différent et ça m’a vraiment fait plaisir. Ca m’a vraiment éclaté de faire tout ça. Il y a des chansons que je trouve extrêmement belles dans le répertoire religieux et païen. Il y a souvent un discours humaniste qui me plaisait, et puis parce que Noël c’est une sorte d’ode à la vie, avec ces enfants qui attendent ce moment avec impatience et en même temps un moment extrêmement anxiogène pour les adultes. Sociologiquement ça m’intéressait cette période de Noël et puis les chansons traditionnelles m’ont toujours semblé être de merveilleux témoignages sociologiques ou historiques.


Florent Marchet : SiteFacebook

Merci à Florent Marchet pour sa disponibilité et sa gentillesse, à Christelle Florence (J’ai Vécu Les Etoiles) et également à Magalie de la Bouche d’Air.