Juliette a ce pouvoir en concert d’éclairer chaque visage d’un large sourire. My Happy Culture échange avec cette ressource naturelle en énergie.

Interview de Juliette pour la sortie de son album Nour

Mutatis Mutandis, un de tes albums, se traduit par Ce qui change. Le nouvel opus s’appelle Nour et signifie Lumière. Le public aime précisément cette flamme en toi, cette énergie. Qu’est-ce qui justement n’a pas changé chez toi depuis tes débuts, Ne varietur pour les latinistes ?

Sans doute mon énergie ! Et l’envie irrépressible d’aller à la rencontre des gens, de faire rire, soupirer
et réfléchir un peu peut-être. J’espère aussi avoir réussi à rester droite, sans d’autres compromissions que celles qu’on est obligé
de faire au temps qui passe !

Tu te la pètes, c’est toi-même qui le dis, à la fin des concerts quand le public scande ton prénom. Et puis tu as une brochette de décorations-récompenses épinglées au veston, notamment celle du Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Tu crois encore être en mesure de te la péter après cette chanson autobiographique, Le doigt dans le nez ?

Les mauvaises manies n’empêchent pas de recevoir la Légion d’Honneur, j’en suis la preuve. Et je me la pète tellement que je vous signale aimablement que je suis « Officier » des Arts et Lettres, en plus ! Mais bref, honnêtement c’est gratifiant, la reconnaissance de la Nation, mais est-ce qu’on doit poursuivre ça comme but dans la vie ? je ne le crois pas.  Par contre, écrire une chanson bien troussée sur un sujet délicat, réussir à y mettre de la poésie, je trouve qu’il y a de quoi se la péter !

Juliette-Nour

©Marion Ruszniewski – www.marion-photographie.com

Justement, « la moitié de ton nom brille sur les boulevards », est-ce le besoin de signer enfin de ton patronyme ou peut-on y voir un hommage à ton père, musicien de talent ? Et ta mère dans tout ça, dit-elle son mot ?

Ma mère est toujours dans ce monde, alors je lui réserve mes hommages de vive voix. Ceci dit, À voix basse une chanson de l’album Bijoux & Babioles lui doit beaucoup. C’est elle qui m’a donné le goût de la lecture, indéniablement. Mon père c’est autre chose, il est mort alors que je débutais à peine, il ne saura jamais ce que je suis devenue. C’est une petite blessure.

Mon père c’est autre chose, il est mort alors que je débutais
à peine, il ne saura jamais ce que je suis devenue.
C’est une petite blessure.
Juliette

Jean-Marie De Kervadec lors de son écriture par le très inspiré François Morel, comprenait d’autres couplets. Parce que c’est hilarant, peux-tu nous confier les autres rimes en EC et U ?

Je pense qu’il faudra les demander à Morel. C’est lui qui a bossé dessus avec son dictionnaire de rimes ! (MHC : quelqu’un a le mail
de Morel ?!
)

Sans être donneuse de leçon mais plutôt conteuse de nouvelle fantastique, tu évoques l’alcoolisme dans Le diable dans la bouteille… En la matière, quel est ton péché mignon ?

Le vin parce que c’est souvent une oeuvre d’art. (Et par parenthèse, merci de le dire, j’aurais horreur d’avoir l’air de donner des leçons !  :-)

Veuve noire est un portrait de femme criminelle -cachée sous un air de « mémère tranquille »- à l’image de la servante de Maudite clochette. Qu’est-ce qui t’inspire ce type de chanson ?

Je regarde pas mal la télé, et j’aime beaucoup les émissions comme Faites entrer l’accusé surtout du temps d’Hondelatte. Il y a des faits divers qui racontent tellement l’humain, ce drôle d’animal doué de raison, et capable de dé-raisonner comme les autres animaux ne le font pas !

Dans La petite robe noire, la concision des paroles soutient les propos de fond, les violences faites aux femmes. Est-ce pour cette raison, ce style concis, que tu dis préférer cette chanson dans l’album ?

C’est surtout parce que j’en aime profondément la musique.
Il y a du bonheur à poser certains mots sur certains sons, et c’est cela qui me plait dans une chanson quand je la trouve réussie.
La pudeur engendre toujours une certaine poésie, un peu complexe, que j’affectionne beaucoup.

À ce sujet, et en tant que chanteuse féministe (et homosexuelle), tu n’hésites pas à prendre position et à donner de la voix. Naturellement vient cette interrogation : y aura-t-il un jour une chanson militante-poétique-ou-autre-ton sur l’homosexualité ?

Lisez à travers les lignes, écoutez entre les notes : il y en a déjà !

La pudeur engendre toujours une certaine poésie,
un peu complexe, que j’affectionne beaucoup.
Juliette

Nour est une chanson qui expose métaphoriquement la liberté de choisir le moment de sa propre fin. Années passant, chemin faisant, appréhendes-tu différemment la mort, la disparition ?

Non. Je ne suis pas croyante. Peut-être qu’au dernier moment j’aurai une crise de foi. Mais là, toujours pas, et je crois que c’est l’idée réligieuse qui conditionne le regard sur la mort. Je n’ai donc pas changé d’idée sur le grand néant qui nous attend.  Mais pour moi, je ne considère pas la lutte pour le droit de mourir dans la dignité en rapport avec la mort, mais bien avec la vie : on a le droit de vivre
le mieux possible jusqu’au dernier souffle !

Grande twitteuse, une page « Juliette » a vu le jour sur Facebook… De retour sur le site de Mark Zuckerberg ?

C’est quelqu’un qui gère ça à ma place mais je réponds parfois
moi-même quand j’ai le temps ! Je suis tout ça d’un regard attentif mais suis définitivement plus Twitter que Facebook !

Quelle est la dernière chose qui t’ait rendue particulièrement heureuse ?

Le soleil, ce matin.


Juliette  : Site – Facebook

Photo en Une ©Marion Ruszniewski
My Happy Culture remercie chaleureusement Juliette pour sa disponibilité
ainsi que Cathy Baumerder qui a permis cette interview