Ce Liégeois adepte du marcel et des chemises à motifs,  a sorti un premier EP « Nouveau départ » passant de l’anglais au français, tout en perdant son accent belge quand il chante. Nicolas Michaux aime prendre son temps. Et il nous en a donné pour cette interview dans laquelle il déclare ses amours cosmopolites.

Nicolas Michaux est aussi original que son nom est passe-partout. Et le label Tôt ou tard a toujours l’oreille et le nez fins pour signer des artistes qui ont leur « patte » (Thomas Fersen, Cats on trees, Yaël Naïm, …). L’album est donc annoncé pour le printemps 2016. En trépignant attendant, faisons connaissance avec cet artiste belge au style pop faussement naïf et, à l’image de sa cover d’EP, à la simplicité touchante.

Concernant le marcel de Nicolas -j’ai vu que c’était un peu un sujet de raillerie débat sur les réseaux sociaux- personnellement je vote pour ! Mon Papi italien ne sortait jamais sans le sien.  Ce qu’on appelle le charme désuet des choses simples. La simplicité, on y revient.

Interview de Nicolas Michaux

Premiers accords

J’ai commencé à essayer de jouer de la musique vers 13 ans. C’était sur un piano digital bon marché. Un an après mes parents m’ont offert une guitare acoustique.
Un modèle bleu clair fluorescent qui m’avait fait forte impression. C’était une chouette guitare, ça m’a donné de la motivation. J’ai pris quelques cours mais très peu. J’ai surtout beaucoup recopié des amis qui jouaient mieux que moi.

Première émotion musicale

Strawberry fields forever des Beatles à 4 ou 5 ans est mon plus vieux souvenir d’une forte émotion musicale. La chanson tournait en boucle.
Mais il paraît que plus jeune encore, j’aimais beaucoup Trois petites notes de musique par Yves Montand et I just call to say i love you de Stevie Wonder.
J’aime toujours d’ailleurs beaucoup ces 3 chansons.

Été 67

C’est mon groupe de jeunesse et 10 ans de ma vie, plus ou moins de 15 à 25 ans. On a commencé au lycée et terminé quand nous étions devenus adultes. C’est une histoire d’amitié, de découvertes de la vie avec des longues virées, beaucoup de passion, des grandes joies, quelques chagrins aussi. J’ai beaucoup de tendresse pour cette période et pour les gens avec qui je l’ai vécue.
Maintenant, je suis ailleurs, je fais autre chose. Les autres membres du groupe aussi.

Nouveau départ

C’est une de mes chansons. Je l’ai composé rapidement il y a quelques années, je me souviens, c’était un samedi au mois de mars à Bruxelles. Je suis parti l’enregistrer le lendemain dans mon atelier. Le printemps arrivait, les oiseaux chantaient enfin. En deux heures, c’était bouclé.
Les choses sont rarement aussi simples, en général, je fais beaucoup d’essais, de brouillons, j’avance, je recule. Mais celle-ci semblait tout de suite évidente.
C’était une période assez dure pour moi à l’époque et peut-être la vie a-t-elle voulu me donner un encouragement.

Photo de l’EP

C’est une photo de vacances prise par ma copine en Italie dans le petit village où nous allons chaque année.

Un imposteur

C’est une chanson d’amour pour ma copine. Ma vie a basculé quand je l’ai rencontrée il y a 5 ans. C’est aussi une célébration de l’amour charnel et de sa beauté intrinsèque. Il y a plusieurs façon d’être proche de quelqu’un et l’amour physique en est une. C’est formidable d’être à ce point en connexion avec quelqu’un. Peut-être encore plus aujourd’hui en ces temps difficiles où l’on voudrait nous faire croire que tout n’est que compétition et rivalité. « Faites l’amour pas la guerre » est un slogan qui n’a, à mon avis, pas pris une ride.

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Nicolas Michaux // Crédit photo : Simon Vanrie

Votre premier concert en tant qu’artiste

Je pense que c’était une première partie de Bertrand Belin à La Louvière en Belgique. Je suis allé jouer seul. Et je me suis soûlé à fond après le concert, tellement j’avais stressé. Le concert était plutôt bien, je crois me souvenir. Mais je crois aussi me souvenir que j’étais un peu le seul à le penser si ce n’est un jeune type qui avait le même nom que moi. Désormais, je joue avec des musiciens, j’ai du mal à trouver la motivation si je suis seul. Autant j’apprécie travailler seul pour les enregistrements, autant j’ai besoin de l’énergie d’un groupe quand il s’agit de faire des concerts sinon je m’ennuie et tout le monde s’ennuie.

J’aime à croire que je mène ma barque comme une petite production paysanne.
Nicolas Michaux

Artisan

C’est le mot qui me permet le mieux de décrire ma démarche et mon travail. L’artisan a besoin de temps, de lenteur. C’est grâce au temps que l’objet qu’il façonne peut avoir une valeur symbolique et esthétique en plus d’une valeur d’usage. Je revendique cette lenteur et aussi le fait de suivre mes chansons de l’écriture jusqu’au mastering. C’est très important pour moi. Sans ça, je ne me sentirais pas légitime pour diffuser ma production vers l’extérieur.
Après, je trouve que mon travail a aussi des points communs avec celui de l’agriculteur. Ça me paraît très prétentieux de dire ça car j’ai une profonde admiration pour l’artisan et l’agriculteur qui tous deux ont des connaissances et des aptitudes bien plus fondamentales que les miennes. Mais j’aime à croire que je mène ma barque comme une petite production paysanne.

Bruxelles

C’est la ville où je vis depuis 4 ans. C’est un endroit fascinant. Beau et laid à la fois. Pour le moment, je ne voudrais pas être ailleurs. Il se passe énormément de choses passionnantes en ce moment à Bruxelles. C’est une ville qui continue de s’agrandir et que l’on voit changer d’années en années parfois pour le mieux, parfois pour le pire. C’est une ville extrêmement polluée, peuplée de gens tout à fait incroyables. J’aime beaucoup l’espace public, je ne peux pas rester chez moi sans cesse, j’ai besoin de sortir, de vivre la ville. Et à Bruxelles, quand je sors, il y a toujours quelque chose d’intéressant qui éveille ma curiosité.

J’ai grandi dans cette espèce de nostalgie mélancolique d’une région qui fut puissante et florissante et ne l’est plus. Ça laisse des traces.Nicolas Michaux

Liège

C’est la ville d’où je viens. C’est une région que j’aime beaucoup à laquelle je serai toujours attaché d’une façon ou d’une autre. Une part très importante de ma personnalité est fondamentalement liégeoise. Maintenant que j’ai terminé ce premier album, j’ai envie de voir le monde plus que jamais mais aussi de passer du temps à Liège et dans sa banlieue industrielle à Seraing, Ougrée, Sclessin, d’où ma famille est originaire. C’est une région à l’histoire tout à fait fascinante. Une nature magnifique et fertile et puis la révolution industrielle, le coeur économique de la Belgique et de l’Europe et puis les années 70 et la longue descente. Les usines fermées, le chômage de masse, l’exclusion sociale. J’ai grandi dans cette espèce de nostalgie mélancolique d’une région qui fut puissante et florissante et ne l’est plus. Ça laisse des traces. Mais aujourd’hui sur les terrils près des anciennes mines et des usines délaissées poussent une végétation magnifique qui bourgeonne au printemps et des oiseaux rares viennent nicher. La nature l’emporte toujours.

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Nicolas Michaux // Crédit photo : Simon Vanrie

Italie

Ma grand-mère était italienne. De la Vénétie. C’est aussi quelque chose d’important pour moi. Chaque année, je passe quelques semaines, parfois plus, en Ligurie dans un petit village qui surplombe la méditerranée. Je me sens profondément méditerranéen, c’est là que je me sens le mieux.

Votre mélodie du bonheur

Because the Beatles

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Votre dernier concert en tant que spectateur

Great mountain fire : incroyable !

Votre dernière joie

https://joiejoiejoie.bandcamp.com


L’EP de Nicolas Michaux est disponible depuis le 16 octobre 2015 via le label Tôt Ou tard