La Maison Tellier continue de diffuser la Beauté pour tous, tristesse joyeuse, coup de poing dans un gant de velours, dans les six coins de la France. Arrêt au stand nantais de My Happy Culture après les avoir vus à la Bouche d’Air lors d’un concert mémorable. Parlons beauté.

Interview de La Maison Tellier qui nous parle de leur album Beauté pour tous, de leurs inspirations et de leur tournée

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer en français puisque vous disiez ressentir une certaine paralysie à l’idée d’écrire dans la langue de Molière après vos ainés, Gainsbourg, Dominique A, Brassens, Brel ?

Helmut Tellier (cofondateur et chanteur du groupe) : À la fin de la tournée Art de la Fugue, on s’est rendus compte que c’était plus dur de chanter en anglais et en français à part égale que de choisir une de ces deux langues : La Maison Tellier en anglais était devenu un groupe différent de La Maison Tellier en français, ne produisait ni le même type de chanson, ni le même type de musique. On ne s’y retrouvait plus trop et on avait du mal à assumer ce « non choix ».
Helmut avait envie d’écrire plus de textes en français, on s’est lancés, non sans une certaine appréhension, et on a tranché pour le français. Et au final, cette contrainte nous a en quelque sorte libérés.

Est-ce que, du coup, la création de la musique s’est faite différemment que lorsque vous chantez en anglais ?

Bien sûr. Ces deux langues ont des métriques différentes, l’anglais est plus rythmique et mélodique, le français plus bavard. On ne peut pas écrire le même type de mélodie, ni le même type de suites d’accords, selon que l’on va chanter en français ou en anglais. Certaines ébauches de chansons étaient clairement destinées à l’anglais. On a essayé d’en transformer certaines, ou bien on les a tout simplement écartées. On ne sait jamais, elle ressortiront peut être plus tard…

La question de l’engagement, de la xénophobie par ailleurs, est tristement d’actualité… Dans Exposition universelle ou Un bon français, l’engagement vous réussit bien. On ne peut s’empêcher de croire que le français a induit ce ton. La langue dans laquelle vous vous exprimez influence-t-elle le contenu ?

D’une certaine façon oui. Je ne suis pas sûr que ce soit parce qu’on s’est mis au « tout français » qu’on s’est mis à écrire un texte engagé, par contre, je trouve que pour un français, chanter une chanson engagée en anglais, ça n’a pas beaucoup de sens. De manière générale, le fait que chacun puisse comprendre ce qu’on raconte conditionne notre façon d’écrire, on est sûrement plus pudique en français, on essaye d’être plus poétique, aussi. C’est d’ailleurs une façon d’avancer un peu masqué.

En anglais on dira facilement I love you dans une chanson, en français, c’est plus difficile de placer je t’aime, sans que ça paraisse galvaudé ou ridicule…

D’ailleurs La peste, chanson métaphorique inspirée du livre éponyme d’Albert Camus ?

Oui, bien sûr. Ce n’est pas que ça, mais c’est une façon d’envisager cette chanson, tout à fait. Le point de départ de la chanson, c’est un passage du livre, la scène du bain au soleil couchant, un moment hors du temps, à l’écart du reste de la ville.

Les influences de La Maison Tellier sont très variées. Cette culture musicale prend ses racines quand et où ?

Nous sommes cinq, avec des parcours musicaux parfois très différents, des héros et des influences multiples et variées. Et des envies différentes, aussi. Et comme on essaye de laisser chacun apporter sa pierre à l’édifice de chaque chanson…

Pour faire simple, on aime la musique, sous plein de formes différentes, on est assez curieux et on aime bien tenter des expériences.
Helmut Tellier

Dès le départ, quand on était juste à deux (Helmut et Raoul), on avait déjà une palette de couleurs musicales assez large, entre folk, country/blues, rock… L’arrivée de nos trois autres compagnons a encore enrichi cette palette. Tout le problème aujourd’hui est de proposer quelque chose de cohérent à partir de ce grand bazar qu’est devenu nos influences…

Vivre de la musique, était-ce une volonté farouche ou un heureux accident ?

C’est un heureux accident qui est devenu une volonté farouche.

Beauté partout, la version live de votre album Beauté pour tous, est sortie fin octobre. Merci à votre label At(h)ome car certains, comme moi, sont de grands amoureux des albums live ! Après l’avoir fait, trouvez-vous une raison d’être à ce type enregistrement ou toujours pas ?

Certains disques live sont des incontournables de ma discothèque, comme le Live at Massey Hall de Neil Young. Mais au final, je l’écoute plus pour ce qui se passe entre les chansons, ce que raconte Neil Young, ces petites interventions à la guitare, plutôt que pour les chansons elles-mêmes. Un bon disque live, c’est ça, c’est quand tu parviens à capturer sur enregistrement des petits moments éphémères et « réels ». Entendre une énième version de Needle and Damage Down, ce n’est pas forcément le plus intéressant, à moins d’une version vraiment touchée par la grâce (bon, celle du Live at Massey Hall est très belle…).

Tu poses la question de la pertinence du disque live, je pense que ça dépend de quel artiste on parle. Est-ce qu’un live des Beatles serait pertinent? Pas franchement d’un point de vue musical, ils le disaient eux-mêmes.
Helmut Tellier

D’un point de vue documentaire, par contre, c’est autre chose… À l’inverse, écouter les Allman Brothers ne prend vraiment son sens que lorsqu’on les écoute en live, alors que les disques en studio ont beaucoup moins d’intérêt.

Et puis on a grandi avec les groupes des années 90, dont assez peu ont sorti des disques live, finalement. Ou alors tardivement dans leur carrière, après avoir déjà beaucoup brillé en studio. Et franchement, je n’ai pas très envie d’entendre un live des Pixies, de Radiohead ou de Pavement. Bon, Queen of the Stone Age ou Fleet Foxes, je dirais pas non, cela dit.

Cette culture du live « officiel », héritée des années 70, s’est un peu perdue, il y a tellement d’enregistrements pirates disponibles, maintenant… Dans notre cas, c’est une première expérience, on l’a prise comme un exercice de style, et on en est très content. Même si, en tant que musiciens, on aimerait bien rattraper telle ou telle note…

Une dernière question pour My Happy Culture : récemment qu’est-ce qui vous a rendu particulièrement heureux ?

Musicalement, Chris Thile ! Un extraordinaire musicien, compositeur, arrangeur et chanteur, peut être le plus grand choc musical de ma vie. Et puis tous ces gens qui viennent nous voir après les concerts pour nous parler, nous dire que notre musique les touche, c’est tout simplement incroyable !


Photo cover : François Berthier

Merci à Audrey de Laboculture, au label At(h)ome et à la Maison Tellier pour ces mots partagés.

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