Ce jeudi 11 décembre, Maissiat termine sa tournée pour son album Tropiquesà la Bouche d’Air à Nantes. À la veille de poser ses valises, My Happy Culture l’interroge sur son odyssée musicale qui a débuté, en réalité, dès l’enfance.

Interview de Maissiat lors de sa tournée pour l’album Tropiques

Te souviens-tu de tes premières émotions musicales ?

Quand j’étais enfant, pendant les grandes vacances d’été, nous descendions, comme le dit la chanson : “là-bas dans le midi”. Je me rappelle de fins d’après-midi où nous allions pêcher à la ligne. Quand je m’étais lassée de la pêche pour adultes et que j’avais finalement épuisé tous les crabes du quartier, je montais sur les rochers les plus gros et les plus plats et je marchais. D’un côté de la digue, puis de l’autre, j’allais et revenais en petits pas rythmés. Je me rappelle que le soleil tombait fort dans notre dos. Comme tous les enfants et souvent à voix haute, je me racontais des histoires, des fantaisies. Seulement, il y avait une chose particulière, une chose en plus que la voix haute : la mélodie, des mélodies. Comment expliquer qu’à cet âge-là on ait déjà l’envie de faire des chansons ?

Cet été, c’est-à-dire presque vingt-quatre ans plus tard, je suis retournée sur ces mêmes rochers. Certes, j’ai encore essayé d’attraper des crabes mais je me suis surtout surprise en train de fredonner le refrain d’un de mes nouveaux titres. J’ai repensé à ces premières rencontres avec soi, fondatrices, c’était très émouvant.
Maissiat

Dernière date de la tournée « Tropiques » ce 11 décembre à la Bouche d’Air à Nantes. Dans quel état d’esprit es-tu ?

Très sereine et très agitée! Comme à chaque date marquant le début, le tournant ou la fin d’un cycle musical, je m’en réjouis comme d’une fête, d’un rendez-vous à ne pas manquer. Je suis vraiment heureuse que ce premier album ait eu une belle et longue vie. Cela fait bientôt deux ans que nous le partageons sur scène avec toujours autant de plaisir et d’intensité. Bien sûr, il y aura ce petit pincement au cœur de la “dernière” comme au théâtre. Mais j’ai déjà commencé à faire des croquis pour la prochaine tournée, donc je pense aussi beaucoup à la suite, avec une joie non dissimulée !

Sur scène t’ont rejoint Bertrand Belin pour interpréter ton titre « Paradis » et Mina Tindle pour une reprise. Comment se créent ces duos ? Avec qui aimerais-tu en faire (ou refaire !) ?

Cette année, j‘ai chanté plus d’une dizaine de fois en duo. Jamais par hasard et jamais par simple courtoisie. Je ne dévoile pas de nom avant de l’avoir proposé à l’artiste concerné(e). Par délicatesse et par superstition. ll y a bien sûr des personnalités musicales et vocales avec lesquelles j’aimerais porter une chanson, originale ou reprise plus loin que ma propre voix. C’est un exercice qui me plaît beaucoup et que je renouvellerai évidemment, mais pour l’instant… Suspens !

Tropiques, premier album solo, a eu un très joli succès avec une reconnaissance de tes pairs, comme Dominique A et Françoise Hardy pour ne citer qu’eux… Imaginons un instant que Maissiat, la trentenaire, revoit Amandine, six ans, que lui dit-elle ?

“Jamais je n’ai cessé de t’écouter.”

Katel et Maissiat © Sarah Bastin — www.sarahbastin.net

Katel et Maissiat © Sarah Bastin — www.sarahbastin.net

Estival, nocturne, méditérannéen, c’est dans cet espace-temps qu’est né « Tropiques » lui donnant cette couleur si particulière, mélancolique, légère et chaleureuse. Pour ton second album (on espère !), sais-tu si l’idée est de tout changer (on te réserve une maison en Bretagne pour l’hiver ?) ou d’être dans la continuité avec Katel à la réalisation ?

“Ne change rien pour que tout soit différent”. L’aphorisme de Godard peut surprendre à la première lecture mais je ne peux pas trouver meilleur exemple pour vous décrire la dynamique dans laquelle j’ai été pour écrire ce prochain disque. Les chansons sont venues petit à petit, de manière régulière, sans manières justement, sans rien forcer, entraînant avec elles une évolution naturelle. Katel a fait un travail en or sur Tropiques, elle a joué un rôle aussi important que le mien quant à la naissance de ce disque, à sa lisibilité et à l’écoute qu’il a trouvé en France et à l’étranger. Bien sûr, j’ai envie qu’elle ait une place dans la fabrication du prochain. Avant l’enregistrement de Tropiques, quand j’écoutais l’ensemble des maquettes, j’écoutais des maquettes. Aujourd’hui, quand j’écoute les nouvelles chansons, j’entends un disque. C’est très différent et le rôle à jouer dans une future collaboration de réalisation n’est plus le même. Là aussi suspens. J’ai très envie de m’entourer de nombreuses compétences, toutes familières, qui sauront être au mieux, au service de ces nouvelles chansons, en qui, je peux le dire aujourd’hui avec un grand soulagement, j’ai pleinement confiance.
Pour la maison en Bretagne, avec plaisir, mais à choisir, je voterai pour l’été ! (mais il y pleut aussi en été, ndlr)

L’écriture… On sait comme il est parfois difficile de s’arrêter dans le processus créatif. Ne plus revenir sur le texte pour « fixer » une fois pour toute la chanson. Qu’est-ce qui fait qu’un texte « sonne » et que tu te dis alors « il est achevé » ?

Je le sens. Comme en peinture, c’est inexplicable mais c’est comme ça. On sent le moment où la dernière touche est portée, où la dernière couleur est donnée. C’est un dialogue intérieur, un accord tacite et immédiat qui vous fait penser “là c’est bon, c’est fini, je sais que je peux arrêter”.


À ce propos, qu’est-ce que tu écoutes actuellement en musique ou que tu admires ? Qu’est-ce qui te nourrit en littérature ?

J’ai eu la chance d’écouter quelques nouvelles chansons de Bastien Lallemant qui sortira son nouvel album en janvier. Je n’avais pas entendu quelque chose “en français dans le texte” d’aussi bien depuis longtemps. C’est d’une classe folle. Bien sûr, il y a le très beau nouvel album de Robi que j’ai également pu écouter. C’est d’ailleurs en entendant le travail que Katel avait fait sur Tropiques qu’elle a souhaité le réaliser avec elle. Toujours dans les proches, il y a Fiodor Dream Dog qui prépare son prochain disque, c’est brillant, étincelant. Et puis Mina Tindle que j’ai vue récemment sur scène, c’était très beau. J’ai craqué, comme au dernier concert des Innocents, ils étaient tellement intenses.

Quant à la littérature, je me suis récemment intéressée de près à l’œuvre de Sagan et en ce moment je suis passionnément plongée dans le livre de Françoise GilotVivre avec Picasso”. Ce qui me nourrit avant tout en littérature, c’est la musicalité ou la sensation d’évasion qu’une lecture me procure.

Maissiat – Visuel © Marie Hache

Parlons arts appliqués justement. L’artwork de l’album, superbe illustration aux allures de gravures, est signée Marie Hache. A-t-elle eu carte blanche ? Peux-tu nous en dire plus sur votre collaboration ?

Pour Tropiques, j’avais tout un monde en tête. Un monde d’images, d’éléments. J’ai griffonné une première ébauche maladroite sur mon carnet puis j’ai confié ce travail à mon amie illustratrice Marie Hache. J’ai été bluffée quand j’ai reçu son premier dessin. Tout était là ! Comme je l’imaginais. Tant dans l’exécution (les traits fins, les différents plans) que dans l’inspiration ou l’atmosphère. Elle avait écouté les premiers mixs de Tropiques, je lui avais décrit la genèse visuelle et c’est tout. Elle a su retranscrire l’ensemble avec brio dans ce tableau qui nous emmène vers la musique. Récemment, je lui ai fait une commande personnelle. Deux reproductions de scènes de cinéma que j’ai choisies et qu’elle dessine en grand format avec ses mêmes traits fins et noirs, à l’encre de chine. Là encore, j’ai été épatée.

Certaines artistes, comme Mesparrow, travaille avec une styliste. Qu’en est-il pour Maissiat ?

C’est très important d’être soi partout, sur les photos ou sur scène. En somme : de pouvoir apparaître publiquement en étant à l’aise avec son image. J’ai travaillé avec plusieurs stylistes, pour chaque séance photos par exemple. Pour la prochaine tournée, j’ai envie detravailler avec deux jeunes stylistes proches de moi, l’un pour le chapeau, l’une pour la tenue. J’ai envie de pièces uniques, sur mesure pour aller plus loin et jusqu’au bout de la création.

Maissiat © Sarah Bastin

Une dernière question pour My Happy Culture : récemment, quel est le moment où tu t’es sentie particulièrement heureuse ?

En faisant écouter les nouvelles chansons à mes proches. À ces moments où j’ai senti, bien avant la naissance du disque, que ce bonheur était d’ores et déjà : partagé.

Rendez-vous jeudi 11 décembre à la Bouche d’Air à Nantes pour la dernière date de tournée de Tropiques 


Merci à Maissiat pour le temps accordé et merci également à Annaïg de 3ème Bureau sans qui cette interview n’aurait pas été possible 

Crédit photo couverture : Raphael Lugassy
MAISSIAT : sitefacebook