Mesparrow, aka Marion Gaume, passait par le VIP de Saint-Nazaire le 14 décembre 2013 pour sa tournée dans l’hexagone. Il vole, il vole le moineau et My Happy Culture l’intercepte pour lui poser quelques questions.

Interview de Mesparrow lors de son concert pour Keep this moment alive

Après avoir voleté de scènes en scènes avec son clavier, sa pédale de boucles et sa chorale fantôme, Mesparrow déploie ses ailes officiellement le 4 mars 2013 avec « Keep this moment alive ». Que pense l’oiseau de son envol, neuf mois plus tard, accompagné de son label East West ?

Ça c’est super bien passé car ils m’ont permis de faire ce que je voulais pour mon premier album. J’ai choisi les personnes avec lesquelles j’ai travaillé et le studio. Thomas Poli a fait les arrangements pour les basses, guitares et claviers, plein d’autres choses, Sébastien Buffet a fait ceux de la batterie. Les deux personnes principales étaient Thomas Poli et Peter Deimel, ingénieur-son-réalisateur, qui travaille au Black Box à Angers où on a enregistré. Il y a eu un bon accueil de l’album quand il est sorti et une chouette tournée derrière, donc je suis contente !

À quel moment la musique est apparue dans ta vie ?

Petite  car autour de moi il y avait beaucoup de musique. Mon père joue du piano et de la guitare. Je suis allée à l’école de musique pour chanter dans la chorale et apprendre le piano. Comme ma grande soeur en faisait, j’en avais envie aussi ! J’étais déjà entre la poésie, l’art plastique et la musique.

Originaire de Tours, tu entames ta vie artistique en étudiant aux Beaux-Arts. Est-ce pendant ces années que Marion Gaume a fait éclore Miss Sparrow, la Mesparrow 1.0 ?

C’est à cette époque que j’ai commencé à composer des morceaux. Aux Beaux-Arts, je faisais des performances abstraites avec ma voix et ma pédale de boucle. À la fin de mon cursus en 2007, j’ai fait mon premier concert avec un pianiste et j’ai trouvé le nom de « Miss Sparrow ». Puis est venu l’aboutissement à Londres où j’ai composé beaucoup de morceaux et j’ai changé pour « Mesparrow »…

Je ne savais pas si j’avais de l’avenir là-dedans mais je voulais au moins essayer !
Mesparrow

Dans « I want to travel »  ou « I don’t want to grow up », en nous disant que la cour de récré c’est le monde, il est beaucoup question de liberté, de faire de notre vie ce que notre voix intérieure nous incite à faire. C’est un thème récurrent dans l’album, se chercher pour se trouver et se réaliser. Pourquoi cette importance de l’affirmation de soi ?

Ça correspond à l’état d’esprit dans lequel j’étais quand j’ai composé à Londres. Je me sentais à la fois hyper libre, je n’étais plus étudiante, et hyper contrainte car je n’avais pas d’argent. Je faisais des petits boulots. Je ne savais pas si j’avais de l’avenir là-dedans mais je voulais au moins essayer !

Ce qui m’attire ce sont les personnalités singulières comme Patti Smith, Billie Holiday, Barbara…
Mesparrow

Dans l’écriture, tu aimes jouer avec les métaphores. Ta musique est très imagée. Qu’est-ce qui nourrit ton imagination ?

Dès petite, quand j’écrivais des petits poèmes, j’avais besoin qu’une idée prenne forme et se transpose en images. J’ai beaucoup de visuels liées au films de Wim Wenders, de Gus Van Sant, de Larry Clark… En fait, ce qui m’attire ce sont les personnalités singulières comme Patti Smith, Billie Holiday, Barbara… du coup je lis leurs biographies. J’ai lu également beaucoup de bouquins de Simone de Beauvoir car elle avait un point de vue original pour l’époque et, dernièrement, ceux d’Erwan Lahrer. J’aime bien son écriture très rythmée car il écoute beaucoup de musique et ça se ressent.

Il y a une chanson et demie (!) en français dont celle en duo de charme avec François Marry de François and The Atlas Mountain « Danse avec moi ». Écrire en français te fait aborder le travail d’écriture différemment de l’anglais ?

Oui et non. Oui car en anglais les mots sonnent mieux et j’arrive mieux à placer ma voix dans les sonorités anglaises. Non car j’écris de la même manière, en cherchant des métaphore… En fait, ce n’est pas tant l’écriture qui est différente que ma façon de chanter. Pour le prochain album j’aimerais trouver une manière fluide de chanter en français, qui me permet de placer ma voix aussi bien qu’en anglais !

©EmmaPicq

©EmmaPicq

Ta voix, c’est le fil qui tisse l’ouvrage avec ta pédale de boucle. En live les lumières et la scénographie viennent  ornementer ces mailles vocales de transparences vaporeuses, de jeux d’ombres et de lumières… Quelle a été la démarche pour élaborer visuellement cette prestation live qui va -comme pour Camille ou Christine and The Queens- au-delà du « simple » concert ?

Je me suis entourée de Luis Ferrera, ingénieur-lumière. On a échangé longtemps des images. J’avais envie de trouver de nouveaux concepts, des trucs fous. Je voulais faire quelquechose d’interactif, de la vidéo, de l’art cinétique aussi… Mais il y a un coût et je suis seule sur scène avec mes machines à gérer, dès lors je ne peux pas tout faire ! Luis Ferrara m’a parlée de tapis-lumière, de réfraction de la lumière sur le sol, de fibres optiques pour élaborer une scénographie abstraite, élégante, féminine et transportable pendant la tournée. Quand je suis sur scène, avec tous les reflets, je me sens comme dans ma petite piscine !

Pour créer « l’esthétique Mesparrow », il y a le travail sur le booklet de ton album (photo d’ Emma Picq, graphisme d’Eric Clavier), de tes clips (Pascaline Blanchecotte) et le choix vestimentaire (collection créative et élégante de Neliana Fuenmayor). Quel a été le fil conducteur pour concevoir tout cet univers ?

Neliana est une copine styliste que j’ai rencontrée à Londres, c’est elle qui m’a dessinée 5-6 tenues en accord avec la scéno. Il y a quelques années, j’avais fait la première partie de Cocoon. Je lui avais demandée si je pouvais porter ce haut à larges épaules et en matière laine qu’elle avait créé. Ce vêtement avait marqué les esprits car ça m’avait permis de trouver un tourneur et moi de me sentir plus forte sur scène, avec une carrure. Si j’avais mis un jogging, je doute que ça aurait eu le même effet ! (rires) Tout est choisi, il faut que ce soit élégant et aussi confortable car je fais des sets physiques, plus proches de la performance que du concert.

Faire entendre sa voix, c’est aussi -parfois- pour un artiste prendre position. Pour quelle cause serais-tu prête à donner de la voix ?

Dans l’album, il y a juste un morceau revendicateur mais ce n’est pas dit dans le texte. Avec des copains, on avait fait un reportage sur les Roms. On avait rencontré les enfants des rues en Roumanie qui vivaient parfois dans les égouts… À mon retour en France, j’ai écrit « Street Kid« . Je ne voulais pas en faire une chanson engagée. Il y a plein de causes qui m’intéressent mais je ne veux pas être l’artiste engagée politiquement. Chacun prend et comprend ce qu’il veut de mes chansons !

Dans « Next bored generation », tu pointes du doigt le cri d’ennui d’une génération -la nôtre, celle que les médias nomment la génération Y-,  la nécessité de trouver la magie en expérimentant par l’excès… Te ménages-tu des « plages d’ennui » ou es-tu hyperactive ?

Je ne suis pas du tout hyperactive… mais je suis beaucoup en mouvement ! J’adore être dans le train, en bus, dans le camion en tournée… J’ai du mal avec l’ennui. J’en ai peu en ce moment mais depuis petite, j’utilise le « temps vide » pour créer, faire de la musique. D’ailleurs pour le prochain album, je travaillerai aussi sur les vidéos, le textile -j’en ai fait deux ans avant les Beaux-Arts- et les installations.

Qu’écoutes-tu en boucle en ce moment ?

C’est vraiment le mot, en boucle ! Jusqu’à connaître tous les détails de la musique… Dernièrement c’était « Aventine » d’Agnes Obel. Avant ça, il y a eu Melodie Echo Chamber, Alt-J et j’ai découvert « I have a tribe ». Il fait les premières parties d’Anna Calvi et c’est magnifique !

Quelle est la dernière chose qui t’a rendue particulièrement joyeuse ?

Mon déménagement ! (rires) « On the borderline »  parle de ça. Toute la vie, on est sur le fil, on est entre deux choses… Je suis quelqu’un d’intuitif, je ne calcule pas, je fais comme je le sens. Du coup j’ai déménagé énormément ! Ça marque aussi une avancée. Sinon au niveau musique, c’est mon concert à la Gaîté Lyrique (le 10 décembre) avec Ladylike Lily qui est une super copine. J’étais super contente aussi que Thomas Poli me rejoigne sur scène pour jouer quelques morceaux avec moi.


Mesparrow : Site – Facebook

 My Happy Culture remercie chaleureusement Mesparrow pour sa disponibilité ainsi que Marion Joly qui a permis cette rencontre