Mohini Geisweiller n’a pas eu à chercher un pseudonyme. Son état civil digne d’un agent double a suffi. La chanteuse rescapée de Sex in Dallas a sorti, il y a quelques mois, un second album solo « Sideration ». Voici une Françoise Hardy mystique s’abandonnant dans un bain électro-pop et qui a arrêté, à temps, de mettre les doigts dans la prise. Le laptop de Mohini nous ouvre son univers hallucinant.

Mohini Geisweiller, sa vie comme un roman

Pour parler de Sideration, il faut parler de son enfance, de son adolescence et de sa vie avec son précédent groupe, Sex in Dallas. Car ce son 100% synthétique et cette voix éthérée chantant en français (le merveilleux Eblouis) et en anglais (avec un accent français dont elle se contrefiche, et c’est tant mieux), rendent littéralement addictif.

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Mohini voit le jour en 77, année du punk, dans le 19e à Paris. Ses parents décident de prolonger le rêve hippie des sixties et les embarquent vivre dans des communautés avec son jumeau et leur frère aîné dans les années 90, du Larzac à Besançon. Et parfois ces communautés peace and love cachent des sectes…

Mes parents nous faisaient brûler tout ce qu’on avait la possibilité de garder.Mohini

Leur mère finit par les sortir de là. Mohini fait une école d’arts appliqués et devient prof de dessin. Désir de rentrer dans le moule dira-t-elle. Le démoulage s’effectue aussi sec puisqu’elle tient six mois avant de céder à l’appel de Sex in Dallas, trio gagnant se shootant aux nuits sans sommeil de Berlin à Londres. Et la nuit fut longue, voire carrément dangereuse… Elle nous la fait vivre avec les titres Lone signals et Nightclubbers.

Dans l’absence de la morphine. Un insecte se noie. Et l’espace parfois vacille. Désert en suspension.
Extrait du titre « ELEMENT »

Instinct de survie ? Elle quitte le groupe et ses opiacées pour retrouver un peu de jour.

« Sideration », des spectres et des mantras

Sidération : état de choc émotionnel que les anciens attribuaient à l’influence des astres.
Plus question désormais de clubber, après son premier album en 2001, Event Horizon, elle donne cinq ans plus tard avec Sideration, une suite minimaliste et contemplative composée et écrite dans la perpétuité solaire de Los Angeles.

C’est une ville irréelle, en fait. J’étais en pleine dépression sous ce soleil, une lumière hyper forte et en même temps, un environnement calme. Tout donnait une impression de destruction au ralenti.Mohini à propos de Los Angeles

Ce sentiment d’aveuglement lui inspire le titre de l’album. Ses chansons à la pulsation lente et à la puissance hypnotique contiennent des visions qui se télescopent… Telles des projections aléatoires sur un même écran de ses souvenirs d’enfance, de sa vie communautaire avec ses litanies à plusieurs voix (utilisées dans Sleepless Eyes) et de ses délires de shoots.

Elle retourne sur ses terres à Mons-en-Montois en Île-de-France, pour enregistrer les voix au milieu d’un paysage de silos, de raffineries et de sablières (les réservoirs à grains lui ont servi pour créer les échos de Silo). Ses racines lui inspirent de nombreux textes à la lumière et à la présence spectracles (l’expressionniste Homecoming, le poétique Eblouis, le troublant Element relatant une nage en eaux sombres, souvenir d’enfance ou bien d’héroïne ?).

J’ai rendu visite à mon frère jumeau qui vit en Bulgarie, dans les montagnes. C’est beau. Un endroit où il y a encore des routes qui s’arrêtent, et où il n’y a plus rien. J’aime y aller et me perdre, comme à Ouessant… C’est sympa, la dérive.

Mohini ou comment parler de ses démons

Après Mons, Mohini brise la complète solitude de la chambre tapissée de vieux matelas dans laquelle elle a enregistré ses morceaux pour une production collégiale. Elle rejoint à Copenhague le violoniste Davide Rossi, le guitariste et joueur de claviers Jeppe Kjellberg, et le percussionniste et producteur Tomas Barfod pour donner chaleur et humanité à cette affaire numérique.

Entre nuit éternelle et lumière aveuglante, Sideration oscille et vacille. Sa beauté crépusculaire et sa tension sourde happent et hantent. Une expérience musicale unique par son intensité et son originalité.

Alors pourquoi chercher un nom de scène quand on connait le mythe de Mohini (Attam) venu d’Inde du Sud, convenant à merveille à cette artiste qui agit effectivement comme un sortilège ?

Amoureuse de solitude, rare sur scène, voici Mohini revisitant « Wild is the Wind » en duo avec le leader de Pony Hoax (qui se la joue solo)


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