La Mongolie , cette géante de l’Asie centrale, longtemps étouffée par la Chine au sud et la Russie au nord, abrite un vide immense et majestueux. Steppes verdoyantes, montagnes reculées et déserts arides constituent l’horizon infini de ce pays où la vie nomade existe encore. Parcourir des paysages immenses, ressentir une solitude profonde et découvrir le mode de vie de ses rares habitants, dont l’ancêtre Gengis Khan avait créé le plus vaste empire de l’humanité, ont été au rendez-vous de ce voyage au « pays du ciel bleu ».

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L’itinéraire en 16 jours depuis la capitale Oulan Bator en passant par l’Orkhon et le désert de Gobi. On laisse tomber tous les autres noms qui dépassent les deux syllabes mémorisables !

L’équipe mongole, forcément tout-terrain !

Sans ces personnes attentionnées, je ne serais pas là. Eh oui, je serais encore au bord de la route, enfin au milieu de la steppe car le goudron est un luxe là-bas, à espérer qu’un Mongol passe pour me changer le pneu crevé, un autre pour pousser ma voiture noyée au milieu de la rivière (il y a quelques ponts mais souvent hors service), un troisième pour dégager ma voiture à califourchon sur un gros caillou ou bien encore un quatrième sauveur pour sortir la manivelle et redémarrer énergiquement le moteur…

chauffeur mongol

Otro et son fourgon russe après avoir pratiqué autrefois la lutte !

Car oui, tout cela est arrivé ! Tevna et Otro, pilotes émérites de leurs jolis fourgons russes, ont surmonté tous ces obstacles. Comment faire autrement quand on vit dans un pays au climat éprouvant et aux conditions de vie difficiles ? Certes. Et je les applaudis pour leur force tranquille.

En Mongolie, les quatre saisons peuvent se succéder dans une même journée…Proverbe de chamane Mongol

Quant à Ourna, ma guide-accompagnatrice au petit soin, elle a réussi à m’apprendre l’alphabet cyrillique : le P est un R pour nous, le H est un N, … moins ardu que l’alphabet cinghalais lors de mon précédent voyage au Sri Lanka ! Elle m’a fait jouer au ping-pong au milieu de nul part (après la forêt du Costa Rica) et, cerise sur le gâteau, avec une mannequin Mongol d’1,75m . Autant vous dire que ce voyage a regorgé de surprises et de toutes les tailles !

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Tevna, bichonneur de fourgon russe et amateur de lutte

Le Naadam en juillet, un festival, une ambiance !

Ce festival inscrit au Patrimoine de l’UNESCO est une sorte, allez j’ose, d’Intervilles traditionnel mongol (bien que chacun concourt à titre personnel) qui s’articulent autour de trois jeux traditionnels -la lutte, le tir à l’arc et la course de chevaux- complétés par des traditions orales, des arts du spectacle, des plats nationaux, l’artisanat et des formes culturelles comme par exemple : le chant long, le chant diphonique Khöömei, le violon appelé morin khuur, une vièle à tête de cheval (vous allez beaucoup en entendre parler dans cet article) et la danse Bie biyelgee dans laquelle sont mimées la traite des vaches, le galop des chevaux (je vous ai prévenus) et tout ce qui se rapporte à la vie nomade. Une vraie symphonie pastorale comme dirait Beethoven !

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Coca-Cola, l’éternel partenaire de tous nos évènements…

L’ambiance est joviale. N’importe qui (même ces freluquets de touristes !) est encouragé à participer et les sportifs, hommes, femmes et enfants, sont vénérés. Une sorte de management mongol pour favoriser la cohésion de la communauté. On console le petit dernier de la course (les participants ont entre 5 et 12 ans !) et on vient prélever la sueur du cheval vainqueur pour se la coller sur le front, un porte-bonheur naturel pour ces croyants !

Une exception. Les femmes ne peuvent participer à la lutte. Selon la légende, une femme se serait immiscée dans un tournoi et sa féminité fut révélée par un lutteur suspicieux qui lui aurait arraché son boléro fermé. D’où cette ingéniosité textile, la coupe laisse maintenant voir la poitrine. Indéniablement on y a gagné en élégance !

lutteur mongol

Mon poulain, en pleine séance d’habillage

Pour voir la danse de l’aigle, cette chorégraphie surprenante de lenteur et de grâce, téléchargez ma vidéo des lutteurs en action (avec les français aux commentaires, Nelson Monfort et Philippe Candeloro n’ont qu’à bien se tenir !)

Croyances et superstitions

Histoire religieuse en accéléré !

Après 70 ans de domination par le régime soviétique, la Mongolie renoue avec le bouddhisme tibétain, bien que la majorité des temples et monastères aient été détruits durant cette période… Qui plus est l’histoire religieuse de la Mongolie est riche car ses habitants ont su intégrer les nouvelles croyances tout en conservant les traditions les plus anciennes toujours vivantes comme le chamanisme et le fétichisme. Malheureusement je n’ai pas croisé de chamane… certainement tout aussi rare que le mannequin mongol ou l’ours.

superstition osselet

Les osselets (shagai) sont ici utilisés pour l’art divinatoire. Mais on peut les utiliser pour jouer (à la course de chevaux) et pour faire de la musique ! Ces os de moutons m’ont prédit d’excellentes affaires financières.

Les monuments et lieux de culte : 100% nature

Proches d’elle et tributaires de ses joies et colères, le mongol fait tout ce qu’il peut pour « se la mettre dans la poche ». Les montagnes les plus sacrées sont adorées régulièrement par des cérémonies depuis les temps préhistoriques !

Les montagnes de seconde importance sont quant à elle objet de culte. Les populations leur font des offrandes et expriment un souhait à l’esprit de la Montagne (animisme). D’où ces écharpes bleue en soie (khatag), des objets et même quelques billets au milieu de la nature… On ressent alors fortement cette spiritualité associée à l’environnement.

Du XS au XXL, les empilements de pierres (övöö) expriment le même culte. Au détour d’une balade, on croise également des arbres enrubannés. Partout et au milieu de nul part, ces pensées déposées ici et là, ces témoignages d’humilité et d’amour pour la nature et la vie. Simplement beau et touchant.

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La verticalité de l’övöö surplombe l’horizontalité du paysage

Gengis Khan, le conquérant, et sa cité légendaire Karakorum

La grande figure mongole, Gengis Khan (Khan = dirigeant), a créé un immense empire du Pacifique à la mer Caspienne. Cet empereur ne fait pas que conquérir des territoires ici et là, il réfléchit logistique et se dit qu’un camp de base avec femmes et administration centrale serait bien utile. Effectivement, les Mongols étant nomades, il n’y a pas de capitale ! C’est ainsi que naît Karakorum en 1220, sur la route de la Soie. Particularité : tous les cultes de tous les pays de l’empire y étaient admis.

Erdene Zuu. D’inspiration tibétaine et chinoise, ce monastère bouddhiste du XVIe siècle est de loin le plus grand de Mongolie. Bien que le régime communiste avec Staline ait, entre temps, effacé quelques éléments…

Chez les nomades de Mongolie

Le visage de la Mongolie est en train de changer, le nomadisme disparait petit à petit au profit d’immenses bidonvilles entourant la capitale Oulan-Bator. Mais les nomades sont toujours là et luttent pour continuer de vivre ainsi avec enfants et animaux.

À cheval !

La Mongolie est le pays du cheval, vous l’avez compris, notamment pour les nomades qui ont des troupeaux et son usage est favorisé par l’état des routes. Seul 2 % du réseau est goudronné !

berger à cheval mongol

Tous les soirs, notre hôte sur son cheval rentre le troupeau de vaches

berger à moto

Il y a également la version motorisée du berger

Tovkhon Hiid cheval

Pour les mongols issus de famille nomade, comme Ourna ma guide, le cheval c’est comme le vélo !

Les autres animaux… dans l’assiette ou sous les fesses

Bétail. La vie quotidienne nomade s’articule autour des travaux liés au bétail qui leur fournit nourritures, tapis, combustible et parfois moyen de transport. Accessoirement ces animaux ont également l’option « réveil-matin ».

Il y a également les chiens pour éloigner les loups et autres prédateurs comme moi, la nuit, allant aux toilettes…

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A quoi peut servir ce gyrophare ? À éloigner les loups pardi !

Alimentation. 100% bio ! La vache, la chèvre, le mouton, le cheval, et le chameau sont au menu.  Ces cinq animaux domestiques fournissent la nourriture. Forcément ce n’est pas toujours à mon goût et parfois j’aimerais avoir moins d’odorat. Il y a une certaine diversité avec les raviolis de légumes ou de viande cuits à la vapeur (buutz), les beignets de viande ou de légume (Huushuur), le barbecue mongol où la viande cuit sur des pierres chaudes (Khorkhog), les gâteaux (boortsog), les soupes de nouilles de riz…

Cuisine. C’est la femme qui est aux fourneaux. Le poêle fait vite monter la température pour une séance de hammam dans une yourte qui fait alors office de cuisine équipée ! Le mouton rangé sous le lit, sera cuisiné dessus. On fourre les raviolis sur un second lit. La promiscuité de l’intérieur contraste avec l’immensité de l’extérieur.

Paysages et reliefs

La Mongolie ce n’est pas que de la steppe. Bien que ce soit 75% du territoire et qu’il en existe aussi de toutes sortes (d’herbes, forestière, semi-désertique…). Voici un aperçu non exhaustif.

Sur la montagne du monastère de Tovkhon Hiid. Point de vue à 360°.

Les falaises de Bayanzag, aux teintes ocre et rouge. En 1922, le paléontologue Roy Chapman Andrews fut le premier à y découvrir des os et œufs de dinosaures.

bayanzag

Les dunes chantantes. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le Gobi est composé majoritairement de pierres. Ici sa partie sable avec l’ascension d’une dune de 80 mètres.

La Vallée de Yoliin Am. Même en juillet, le canyon abrite des blocs de glace.

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Les formations rocheuses de Tsagaan Suvarga. Il y a quelques millions d’années, elles accueillaient un océan ! Aujourd’hui, les traces de ce monde marin sont présentes sous forme fossilisée.

La connaissance est le trésor suprême, les enfants sont le trésor du milieu, la richesse matérielle est le trésor le plus bas.Proverbe mongol

steppe cheval


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