Frédéric Nevchehirlian coupe son patronyme arménien en deux et voici Nevché qui regarde droit devant tout en gardant un oeil dans le rétroviseur. Explications du code de la route du marseillais.

Nevché et son nouvel album Rétroviseur

Rétroviseur, nom pas facile à porter même quand on est un album, est un titre symbole qui traduit l’avancée, vers l’avenir, tout en jetant un oeil en arrière, à son passé. Ce volant concept en main, regardons ce qu’il y a dans ce petit miroir : Frédéric Nevchehirlian en prof de français dans un collège des quartiers nord, en initiateur des soirées slam dans les années 2000 et puis chanteur/slameur pour Vibrion (prix du Printemps de Bourges 2005). On l’aperçoit aussi en poète rocker avec la sortie en 2009 d’un premier album Monde nouveau monde ancien, ou encore en musicien/chanteur au service des textes de Prévert dans Le soleil brille pour tout le monde. Mais dans Rétroviseur, il s’agit de Frédéric, adolescent, fils d’une mère espagnole et d’un père arménien qui cognent ses rêves, ses désirs de poésie aux murs de la « prison sociétale ». 

Rétroviseur est le récit brut de ce Marseille où cohabitent le soleil et ses brûlures, les messes et la glande sur les parkings d’une jeunesse qui devrait déjà se réjouir d’un hypothétique sort, car indigne d’avoir un destin.  C’est ainsi que le road-movie commence -illustré également par l’artwork-  avec une intro à la Bonnie & Clyde, Notre rendez-vous…

Ce disque, c’est une somme d’événements qui font l’être que je suis aujourd’hui. Mais en aucun cas, je ne me laisse gagner par la nostalgie ou les regrets. Il n’empêche qu’il faut questionner son passé pour trouver des réponses à son présent.
Nevché

Préoccupations sociétales et politiques donc, avec notamment Rendez-nous l’argent qui évoque l’ardeur et l’énergie de feu Noir Désir recouvert comme une vague par une chanson d’amour pop, Grands brûlés de l’amour, ou par Digital Natives et sa consommation de l’autre qui rappelle l’univers de Miossec avec son spoken word langoureux. Éclectisme. Et paradoxe. Partir de l’intime pour toucher l’universel. La simplicité textuelle -et le dépouillement instrumental avec le sublime Marseille– pour gagner en intensité.

Un clip plein d’allant avec Vas-tu freiner ?

Adepte du morceau coup de poing glissé dans un gant de velours, en témoignent les puissants Si nous marchons ensemble et Sur le parking, Nevché nous balade dans son histoire cabossée qu’est sa jeunesse marseillaise, avec ses colères, ses exaltations, ses espoirs… Et en filigrane, cette question qui cadence nombre d’existences : se brûler les ailes ou freiner ? Pour Nevché, la ligne de conduite est claire: Galope te dis-je, galope…

Et pour ceux qui en douteraient, avoir le booklet entre les mains est une mine d’or (pour les farfouilleuses comme moi en tout cas). Ainsi on apprend que c’est une 504 coupé dans laquelle Nevché nous a embarqués, qu’il remercie la jeune Léa Fredeval auteure de Les affamés et qu’il offre un 13e titre à télécharger grâce à un code !


Crédit photo © O. Metzger
NEVCHÉ : site webfacebook