Le dessinateur Pozla a tenu son « Carnet de santé foireuse » autobiographique pour en faire un exutoire graphique explosif et faire la nique à sa maladie. 

Pozla et la maladie de Crohn

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Humour et autodérision. Ici joie post-opératoire !

Ce qui pourrait être terriblement long et pénible, la maladie et l’hôpital, est dépeint avec un humour implaccable -on pense au corps médical représenté comme une secte- et avec une auto-dérision délectable qui force l’admiration. Car en chier à ce point et en rire, ça relève de l’Ordre national du Mérite.

Pozla vit depuis l’enfance avec ses maux de ventre. Jeune adulte, on lui découvre la Maladie de Crohn (c’est-à-dire quand les médecins se disent que finalement sa femme a peut-être raison, ce n’est pas le stress ni la somatisation…). La maladie de Crohn est une inflammation des intestins empêchant une digestion correcte. Il vit alors une descente aux enfers et sans rappel. Le graphisme tout en tension saturé de traits au feutre pour dessiner son appareil digestif devenu tord-boyaux en témoigne de mille façons.

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Bain aquarellé dessiné sur le vif comme l’indique le tampon « appareil digestif » tout au long du Carnet

Carnet de santé foireuse, à prescrire même aux hypocondriaques

Son Carnet de santé foireuse est plus puissant qu’un analgésique pour son auteur, c’est véritablement un exutoire, un crachoir, une catharsis ! Et également une thérapie à l’usage de tous pour comprendre l’impact de la maladie sur la vie, sur le corps et sur le cerveau. Et sur le deuxième cerveau aussi, notre ventre.

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On dirait que Kandinsky s’est mis à la BD !

Pozla trouve au fil des rencontres les armes pour combattre la maladie, puisque nous ne sommes pas qu’une tuyauterie : des séances de relaxation, où la couleur prend tout son sens dans des mises en scène bouillonnantes, ainsi qu’une alimentation moins industrielle, plus saine. Des recommandations dont on prend bonne note à la fin du Carnet.

Il est prouvé que notre mode de vie « industriel » a un impact direct sur la prolifération de ces maladies auto-immunes, alors pourquoi ne pas le prendre en compte directement dans le traitement ? Dans mon cas, les médecins ont été forcés de constater que l’alimentation avait eu un rôle de taille dans ma rémission.Pozla

Avec ses superbes retranscriptions visuelles d’émotions physiques et psychiques, son style à l’encre, au feutre, à l’aquarelle et au crayon de couleur, Pozla a reçu le Prix spécial du jury au festival international de la BD d’Angoulême 2016. Un Happy End magistral pour cet ancien élève de l’ESAAT (rhô, fière de mon école du ch’Nord et de ses profs qui ont également vu passer Amélie Fléchais) et des fameux Gobelins.