Sirius Plan était en concert au 4.44, dans le cadre des Biennales Internationales du Spectacle à Nantes le 22 janvier 2014. Si vous ne connaissez pas encore ces 3 filles dans le vent, My Happy Culture vous promet que vous n’êtes pas prêts de les oublier après avoir lu leurs réponses à nos questions.

Interview de Sirius Plan lors de leur concert à Nantes

Avant de démarrer le projet Sirius Plan il y a un peu plus de 2 ans, vous meniez chacune une carrière en solo. Qu’est-ce-qui vous a donné envie de donner naissance à ce trio ?

Skye – Le partage. On a toutes eu l’occasion d’être assez polyvalentes dans ce métier, on a toutes eu des formations de groupe où on a été lead ou au service de notre artiste. A plus de 30 ans on s’est dit que ça serait beau de faire comme à 15 ans. On a mis le cerveau de côté et on a laissé parler nos cœurs et du coup on se retrouve à 3 nanas à vivre quelque chose qu’on aurait peut-être pas apprécié aussi fort avant.

Claire – Effectivement c’est une histoire de partage avant tout. Ce qui me fascine aussi dans cette collaboration c’est le retour à l’essentiel. Personnellement ça me ramène à mes débuts de ma passion pour la musique, c’est-à-dire j’aime chanter, j’aime jouer de la musique et j’aime la partager avec plein de gens.

Gaëlle – Avant tout ça je trouve que c’est un coup de cœur, un flash entre nous. On s’est croisées pendant des années et il y a eu cette envie de faire quelque chose ensemble

Il y a une complicité évidente entre vous, presque magique, comme une évidence.

Skye – Oui c’est une évidence. On y peut rien et on adore ça.

Vous dites souvent que Sirius Plan est un espace de liberté. Dans un groupe on est forcément amené à faire des concessions, alors comment expliquez-vous que vous ne vous sentiez pas aussi libres en solo ?

Skye – C’est surtout qu’on a découvert une cour de récréation et donc un monde de jeu potentiellement infini. Forcément dans une aire de jeux parfois il y en a un qui pousse l’autre un peu trop fort, bien sûr qu’il y a parfois des tensions ou des incompréhensions. Ce qui change c’est que nous avions envie de nous amuser, c’était une volonté. En solo il y a quelque chose de très beau, ça nourrit l’ego aussi, mais ça peut être un peu lassant, ça fait du bien aussi de se retrouver à plusieurs.

Gaëlle – J’ai l’impression qu’on grandit ensemble. On est confronté à plein de choses en tant qu’artiste, mais on a en permanence le regard de l’une ou de l’autre qui nous conforte, nous soutient.

Claire – Artistiquement c’est une évidence, mais personnellement en tant que femme aussi. J’apprends énormément en étant avec deux autres nanas. Il n’y a que des concessions et en même temps il n’y a aucune concession. C’est paradoxal, mais l’extrême va de l’un à l’autre et du coup ça nous nourrit énormément.

Skye – A nous d’apprendre quand la limite de l’autre a été atteinte. Je crois que c’est ça qui a été le plus compliqué, c’est-à-dire d’avoir chacune sa propre nature et de la voir se confronter à une nature qui était complètement étrangère. Il a fallut apprendre à ne pas juger, à laisser l’autre dans son coin, apprendre quand l’autre avait besoin.

sirius plan concert

Sirius plan c’est trois filles aux personnalités différentes. En un mot, quel est le trait de caractère qui vous décrit chacune le mieux ?

Skye – Spontanéité. Ca peut avoir ses avantages et ses inconvénients.

Gaëlle – J’ai un mot qui me vient c’est Tribal.

Claire – Forte. On est chacune le pilier de l’une et de l’autre mais je suis forte.

Pour qu’une recette soit réussie, il faut réunir les bons ingrédients. Quels sont selon vous les secrets de la réussite de Sirius Plan, capable d’enflammer un public en première partie d’un concert de Laurent Voulzy ou d’Emmanuel Moire, avec qui vous êtes en tournée en ce moment ?

Gaëlle – Je pense qu’on est tellement heureuse de se retrouver ensemble sur scène que ça transparaît tout le temps.

Skye – On travaille énormément, donc le travail sur la musique, de jouer en même temps, d’être dans le même monde, on peut dire objectivement qu’il est fait. Maintenant ce que ça procure aux gens je t’avoue que des fois nous on est mortes de rires. On ne comprend pas. On est flattée, on est heureuse que les gens aiment ce projet autant qu’on l’aime, parce qu’on y met tellement d’amour. On s’éclate comme des mômes, mais je ne sais pas ce qui se passe.

Claire – Je crois que c’est tout simplement une histoire d’intention. Quand tu viens sur scène et que tu donnes une belle intention, c’est-à-dire de la joie, du plaisir, de la bienveillance, je pense qu’il y a un effet miroir. Si les gens prennent ça à priori ils nous renvoient la même chose. 

« California », « La Nuit Je mens » sont des reprises que l’on a pu découvrir sur votre premier EP. Vous dites que vous cassez la gueule aux chansons que vous reprenez. Le résultat c’est qu’on a le sentiment que ces titres étaient écrits pour vous. Comment abordez-vous la manière de travailler une reprise et que cherchez-vous absolument à apporter ?

Claire – Les reprises marquent le début de notre rencontre. Skye a été appelé par un luthier pour faire un show case pour jouer sur des bombes de guitares. Elle ne se sentait pas de le faire toute seule, elle avait envie de s’amuser, donc elle nous a demandé de l’accompagner. On a dit oui tout de suite. On est parti 2 mois après dans le Sud de la France en voiture. On ne savait absolument pas ce qu’on allait jouer, on savait qu’on allait monter un répertoire de reprises parce qu’on avait pas le temps de composer. Mais qu’est-ce-qu’on allait jouer ? Gaëlle aime le blues-rock, Skye aime le hip-hop et moi j’aime le métal. On a allumé la radio sur RTL et merci Georges Lang qui nous a inspiré notre liste de reprises. La chose la plus importante pour nous c’était de nous retrouver à un point donné, à un accord total des trois. On a mis une semaine pour faire 15 titres. Il était hors de question qu’on fasse du copier-coller. C’était l’occasion pour nous de nous éclater et puis dans la mesure où on a choisi un peu nos bests-of, c’était une sorte d’hommage aussi pour nous. Il était hors de question qu’on reprenne mal du PJ Harvey, c’était super important qu’on soit respectueuses des chansons. Après on est passé à la composition, parce qu’on est aussi des compositrices.

On casse la gueule aux chansons que l’on reprend,
mais avec amour.
Skye

Skye – Ce qu’il ne faut pas oublier c’est que nous sommes des interprètes à la base. Un interprète ça a besoin de se nourrir, on a forcément fait nos armes sur des chansons avant de se mettre à composer, avant d’oser écrire nos mots. On sait très bien qu’on ne peut pas faire mieux qu’un morceau qu’on vénère d’un artiste qu’on admire. L’idée c’était donc de faire différent, en allant chercher au plus profond de nous-mêmes, mais en restant sincères et sans en faire des tonnes.

Suite à 2 festivals auxquels vous avez participez aux Etats-Unis, vous venez d’enregistrer votre 1er album en Alabama. Racontez-nous comment ce quelque chose qui n’était pas prévu à pu se réaliser ?

Gaëlle – Cela s’est fait grâce à Beverly Jo Scott, avec qui je travaille depuis plus de 10 ans. Cela fait la sixième année que je vais en Alabama, parce que toute sa famille vit là-bas, on a fait des concerts ensemble  là-bas et je me suis prise d’amour pour cette région. Tous les ans Beverly organise un festival qui s’appelle Chickfest. L’année dernière elle nous a invitées. Avec les filles on a joué et elles aussi sont tombées amoureuses de la région et des personnes là-bas. Parmi elles il y avait un producteur qui s’appelle Rick Hirsch. Quand on était là-bas il nous a demandées de faire les chœurs pour une de ses artistes dans son studio. Durant cette année on a continué de travailler avec lui via internet, il nous envoyait des chansons qu’on enregistrait de chez nous. Et puis petit à petit a germé l’idée d’enregistrer notre album chez lui.

Skye –On avait l’habitude de la scène, mais en studio c’est différent. Comment allions-nous nous mettre en valeur et comment allions-nous pouvoir être nous en studio ?  On pensait que c’était la personne et l’endroit idéal qu’il fallait pour notre groupe.

Claire – Il fallait que ça nous ressemble, qu’il n’y ait pas de règle pour être en cohérence avec ce que l’on est. On a enregistré dans nos chambres à coucher, dans le salon. Des fois on était ensemble dans la même pièce, d’autres fois on était séparées. Rick nous a enregistrées sans complexe.

Skye – La contrainte c’était de dire on fait avec ce qu’on a et donc c’était sobre et on a dû remplir de nous.

sirius plan concert

Que pourrons-nous trouver sur cet album ? Des reprises ? Des compositions personnelles ?

Skye – Seulement 2 reprises sur 14 titres, donc principalement des compositions personnelles.

Comment se déroulent les phases d’écriture et de composition dans votre trio ?

Skye – Comme on est trois leads, l’idée est que chacune se mette au service des autres. Quand l’une arrive avec une idée de chanson, que ce soit une simple ébauche ou qu’elle soit quasi terminée, les autres l’aident. C’est aussi simple que ça. Il y a d’autres chansons qui passent à la trappe lorsque l’une de nous ne l’assume pas. Par exemple, pour le morceau « Du rose dans les veines », c’est la chanson Patwork. Je suis arrivée avec un refrain et j’ai dit aux filles écrivez chacune un thème et on s’est amusé. Chaque chanson demande beaucoup d’amusement et de lâcher prise, mais de toute façon à la fin ça se termine ensemble.

Vous connaissez déjà le titre et la date de sortie de cet album ?

Skye – Le nom de l’album se dessine petit à petit. Pour la date de sortie de l’album on ne sait pas encore.  Pour l’instant on n’a pas de maison de disque, on n’a pas de label. On a déjà un tourneur scène et une équipe autour de nous. On fait et puis les choses arrivent d’elles-mêmes, donc on verra bien. On a fait les premières parties de Laurent Voulzy, d’Emmanuel Moire, on a enregistré un album en Alabama. Mais c’est vrai qu’avoir un label c’est un petit plus qu’on aimerait bien.

Vous êtes 3 femmes plutôt jolies. Si vous deviez noter sur une échelle de 1 à 10 le degré de sexitude de Sirius Plan, quelle note mettriez-vous ?< .h3>
Skye – Moi c’est très simple, j’ai l’impression de bosser avec deux bombasses, alors moi c’est 9/10 tout de suite. C’est simple moi à leurs côtés j’ai l’impression d’être bombasse 3.

Gaëlle – Pareil

Claire – Avec ces deux meufs ça me fait rire de me la péter.

Skye – En fait il y a un truc qu’on n’aime pas trop c’est qu’on essaye de nous mettre dans une case. On s’en fiche de plaire à Jean-Patrick ou à Martine. On a vu des gens triper pas mal pendant nos concerts pour la musique, pour les cheveux bouclés de Claire, pour le jeu félin de Gaëlle. On a même déjà vu des gens se rouler des palots pendant nos chansons. Ca nous éclate de voir ça. Si les gens se trouvent beaux, un peu différents, un peu libérés quand on joue c’est gagné quoi !

Si je vous dis que personnellement je trouve que les artistes féminines françaises sont sous représentées dans les programmations de salles et de festivals. Que répondez-vous, vous qui avez participé à 2 festivals féminins aux Etats-Unis ?

Skye – Je te dirais que oui bien sûr. Le constat est clair, quand tu vas dans une maison de disque aujourd’hui encore on te répond mesdemoiselles désolé on a déjà ça. Tu as envie de leur dire et un mec avec un micro tu as déjà ça ? Ce n’est pas grave, c’est comme ça, c’est un héritage. A nous de nous en foutre, de faire ce qu’on fait et d’être ce que l’on est. On a cette chance de connaître des artistes femmes incroyables : Maissiat, Katel et d’autres, qui ne sont pas forcément super connues au niveau des grands médias mais pour qui ça fonctionne très bien. Tant qu’il y aura des festivals de femmes c’est qu’il y a encore du boulot.

Gaëlle – En Belgique je n’ai pas l’impression que ça se passe comme ça. En France, je découvre petit à petit et effectivement on n’a pas croisé beaucoup d’artistes femmes.

Quelle est la dernière chose qui vous a rendues particulièrement heureuses ?

Claire – Quand on a fait l’Olympia, c’était un rêve de gamine. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la musique évidemment j’avais des rêves d’enfant. A 3 ans, j’avais déjà dessiné mon plan de carrière et donc mon premier rêve c’était Broadway et ensuite j’ai dit à mes parents vous verrez un jour je ferai l’Olympia. Evidemment je ne l’ai pas fait avec Claire Joseph en lettres rouges, pas encore, mais on l’a fait quoi !

Gaëlle – Je ne peux pas dire autre chose. Ce qui m’a rendue la plus heureuse c’est d’avoir fait l’Olympia avec Sirius Plan en 1ère partie d’Emmanuel Moire. C’était juste un truc énorme. Emmanuel est un artiste génial et l’accueil était incroyable. On a fait 3 soirs, le public a fini debout.

Skye – Emmanuel Moire nous a inclus dans son concert. A la fin du spectacle, on chante avec lui une de ses chansons que l’on reprend à notre façon. On s’est senties à notre place, légitimes, prêtes à fouler ce genre de scène.


My Happy Culture remercie chaleureusement Skye, Claire et Gaëlle pour ce moment de bonne humeur passé en leur compagnie, ainsi que leur manageuse Laure Michelon. 

Crédit photos : Sandrine Laporal pour My Happy Culture

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