Vincent Delerm a livré son sixième album en octobre 2016, À présent, encensé par la presse, enfin unanime à son sujet. Depuis il a débuté les concerts. Le 12 janvier, la Bouche d’Air vibrait et son public était convié par le chanteur à une thérapie autour du sentiment. Pour que chacun puisse répondre à ce titre, à cette interrogation reprise du documentaire de la cinéaste Marceline Loridan-Ivens, Êtes-vous heureux ? 

Depuis dix ans, le Rouennais crée une oeuvre singulière. Coréalisée une nouvelle fois par Clément Ducol et Maxime Le Guil, et enluminée de mélodies claires et brillantes, sa dernière livraison studio chope le cœur, le pétrit et le malaxe, pour en faire sortir tous les sentiments. Et c’est au-delà de l’opus que nous emmène Vincent Delerm  grâce à une scénographie ingénieuse. Résultat bouleversant.

Le concert thérapie de Vincent Delerm

Avec un peu plus d’une vingtaine de titres, Delerm devient notre thérapeute du sentiment le temps du concert. Cette thérapie de groupe veut nous démontrer que le sentiment est tout ce qui compte dans nos vies.

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Vincent Delerm // Crédit photo : Eric Frotier de Bagneux

En commençant par le titre-éponyme À présent, Delerm donne le ton : pointer du doigt l’urgence de vivre l’instant, de vivre à présentNous sommes le soleil blanc, nous sommes les visages pâles dans la lumière (…) Nous sommes la vie ce soir. Cette anaphore avec « Nous sommes » rappelle le tragique Je suis Charlie et lui confère sa puissance émotionnelle.

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Ce qui nous marque, c’est le sentiment.VINCENT DELERM EN CONCERT

Sur scène en arrière-plan, le dispositif de lumières va nous en faire voir de toutes les couleurs. Le buisson à ampoules électriques claque une belle rouge sur le buste de Delerm pour rendre toute la tension du morceau parlé La dernière fois que je t’ai vu (évoquant la disparition de son grand-père en janvier 2016), puis de belles bleues pour Les piqûres d’araignée ou encore la belle jaune pour le malicieux Tout le monde s’en fout. Quant aux néons roses, ils vont à ravir avec l’ambiance taquine de Martin Parr au début duquel l’artiste sollicite le « clan des profs » pour les chœurs. Clin d’oeil amusé et reconnaissant pour cette catégorie de fans présents depuis son premier album.

Vincent Delerm et son frère de scène, Rémy Galichet

C’est alors que Vincent Delerm se retrouve dos à dos avec Rémy Galichet, en arrière-plan avec ses deux claviers pour la touche mélancolique et la console pour l’électro plus légère et pour faire flirter les cuivres avec les cordes radieuses.

Vincent  est accompagné par son double en chemise et pantalon noirs, un talentueux ardennais (oui je tiens à préciser ses racines) dont l’ombre se découpe en fond, derrière les projections cinématographiques et typographiques qui sont souvent des commentaires humoristiques comme à l’habitude de l’artiste.

Depuis Deauville sans Trintignant, l’écriture cinématographique du chanteur s’est affirmée avec Les amants parallèles. Et tout naturellement, des extraits sont projetés sur scène, parfois en trois dimensions. Ces projections nous immergent dans un fougueux travelling urbain (Cristina) et dans des films d’époque. Des portraits de femmes filmées à 360° illustrent Les filles nées en 1973 ont trente ans… Delerm est bien décidé à titiller nos sentiments, la peur, la joie, la tristesse. Le clip de From a room joué pendant que défile la dernière lettre de Leonard Cohen à sa muse Marianne Ihlen se révèle particulièrement efficace !

Générique de fin avec Le garçon. Ces photographies intimes, tel un bilan de vie du chanteur à mi-parcours (il a 40 ans mais on espère pour lui l’existence la plus longue possible évidemment !), ont un effet miroir doublé d’un pouvoir hypnotique.

Les bons artistes n’ont plus de vie, leur seule vie consiste à raconter ce qui semble à chacun sa propre histoire.Christian Boltanski, artiste contemporain

Car un de ses talents est là. Raconter sa vie sans fard sous forme de « mythologie personnelle » comme l’appelle l’artiste contemporain Christian Boltanski,  avec ses souvenirs, avec ses oublis. Chacun s’y reconnait.

Ce concert se révèle ainsi être une plongée nostalgique dans les années 70. Par son style musical, par l’utilisation de la photo, de la vidéo, par ses références cinématographiques et littéraires (La vie devant soi) et avec cette exploration de l’autobiographie, de l’autofiction, ce spectacle est d’une richesse exceptionnelle, sans parler des intermèdes de ragtime, explosifs et hors-temps ! À présent est à vivre en live pour connaître ce soir-là, la réponse à Êtes-vous heureux ? 


En tournée dans toute la France — Concert Cigale Vincent Delerm — Site : Vincent Delerm — Facebook : Vincent Delerm