Dix morceaux en hébreu ont démarré l’histoire de Yaël Naïm en 2007. Son quatrième album Older et la tournée qui s’ensuit depuis, étonne par sa richesse orchestrale, ses chœurs ô combien originaux et la puissance vocale d’une artiste qu’on sent changée. C’est en live qu’elle nous livre le comment du pourquoi, sous le regard perçant d’un imposant hibou…

Yaël Naïm accompagnée par les déjantés 3SomeSisters

Quand l’obscurité pose son voile sur la salle de Stereolux, Yaël Naïm apparait en noir, un collier plastron doré lui étreint le cou, un sourire empli d’amour accroché aux lèvres. Elle égraine ses premiers titres. L’artiste concentrée s’entretient succinctement avec nous, public éclectique, qui attendons les yeux brillants d’admiration, un signe à notre égard… Guitare à la main, elle nous adresse un doux « Bonjour Nantes… ». Et là tout s’enchaine et se déchaine.

Les 3SomeSisters entrent sur scène ! Ce groupe de choristes haut de gamme sont présents dans l’album sur le titre Coward et martèlent un « lâche, lâche, lâche » culpabilisateur. Aux côtés de l’artiste franco-israëlienne, ces trois personnages donnent une couleur tragique et impulsent une  énorme énergie dans un style totalement déjantée. So freaky !

Au piano, Yaël Naïm délivre une longue introduction -inédite- pour ouvrir Coward. A cœurs ouverts, le public et moi-même accueillons ce titre phare de Older, comme un symbole de maturité par sa lucidité et son honnêteté, dans lequel elle évoque la façon dont elle a abordé certains virages de sa vie, se demandant constamment : « Comment ai-je pu devenir lâche ? ».

Yaël Naïm et David Donatien, détonants

L’émotion est à son point culminant quand un hibou au plumage phosphorescent s’éclaire, scrute et domine la scène. L’animal, lié à la spiritualité et à la connaissance, nous hulule que ce concert s’annonce aussi habité que l’inoubliable live des Soul Sisters, j’ai nommé Ibeyi. 

Le hibou est un animal qui représente le passage de la vie à la mort, il a une vision reculée sur le monde et regarde le temps qui passe. C’est l’animal qu’il nous fallait pour représenter notre disque.
Yaël Naïm

Entre deux chansons, un bel hommage à sa fille avec Make A Child et un pop Walk Walk avec des centaines de choristes (nous !)Yaël Naïm se montre vibrante de sincérité, confiant que la disparition change la perception de la vie. La maternité également.

Pour cet album, il y a quelque chose qui s’est lâché, une émotion vocale que d’habitude je n’arrivais pas à aller chercher dans ma petite pièce d’enregistrement. Je pense que j’avais peur d’assumer certaines choses, de dire ce que je pensais. Le fait d’avoir vécu la disparition de ma grand-mère et d’avoir donné naissance à ma fille m’a permis de réaliser qu’on était seulement là pour un petit bout de temps. Ça m’a donné une folle envie de vivre.
Yaël Naïm

Après un détonant gospel sur Trapped, on se souviendra particulièrement de la berceuse Ima interprétée en hébreu, en créole et au glockenspiel. Avec cette chanson se réunissent les racines de ce talentueux duo à la ville comme à la scène que forment Yaël Naïm et David Donatien, son compagnon de tous les succès.

Pourquoi il ne faut pas manquer le concert de Yaël Naïm

Si après t’avoir dit que, sans faux-semblants ni grandiloquence Yaël Naïm et ses acolytes s’amusent avec leurs amours jazz, soul et pop, dans un tourbillonnant ballet, un camaïeu musical où règne la joie d’être là, tu te poses encore des questions… Alors je te dirai qu’il faut y aller aussi pour ces deux choses, en plus de ce que je laisse de surprises évidemment : son incroyable détachement de chignon et sa reprise d’Elvis Presley avec les 3SomeSisters, sur une idée de papa Naïm !

Comme le dit la chanson Older, le temps file et « on ne peut le rembobiner ». Alors ne la manquez pas.


Crédit photo en tête d’article : Boris Soula

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